Louvre-Garou

Jour 7

jour 7 1jour 7 2Salle Mollien, tard dans la nuit. Je faisais une ronde, par principe. Ou peut-être qu’un pressentiment avait guidé mes pas. Tout semblait parfaitement en ordre, jusqu’à ce que je remarque des flaques d’eau sur le parquet, qui semblaient provenir du Radeau de la Méduse. Je remontai la piste et, face à l’immense tableau, je découvris le pot aux roses. Le radeau avait été abandonné. Plus un seul marin naufragé. Vide total. Je me grattai le crâne, fronçai les sourcils. Un vol de tableau partiel ? Un coup des extraterrestres qui, non content d’enlever les vaches texanes et les américains obèses s’en prenaient maintenant aux personnages des peintures romantiques françaises ? C’était une explication des plus plausibles, connaissant leurs manières tordues. Un bruit dans un des coins de la salle, je me retournai et découvris un homme, nu, roulé en boule. Après m’être approché et l’avoir rassuré de ma non-appartenance à une race extraterrestre ou à un organisme étatique ayant signé un pacte avec les vandales de l’espace, il me révéla qu’il s’était perdu, que dans l’obscurité (pourtant pas si obscure), il ne parvenait plus à trouver la toile du Naufrage de Don Juan. Je le rassurai : elle est là, juste… Non, elle n’était plus là. Enfin si… Mais pas vraiment. Le tableau représentait une mer sombre, agitée. Mais plus de barque, plus de marins. Il me fallut une bonne heure pour tirer au clair cette affaire insolite. Les marins du radeau avaient traversé le hall pour se réfugier dans la barque. C’est, me dit l’homme, qu’elle est bien plus confortable que son vieux radeau de bois vermoulu, et que la tempête y est de moindre ampleur. Et l’on a des vêtements, de ce côté de la galerie. Le problème, c’est qu’à s’entasser ainsi, le bateau avait coulé. Il me fallut encore une heure pour le convaincre d’aller chercher ses collègues au fond de l’océan et de les ramener dans leur tableau d’origine. Ce qu’il fit, non sans rechigner, mais c’est ainsi : on ne discute pas avec l’art. Et je fus bien obligé de me rendre à l’évidence : pour une fois, les extraterrestres n’y étaient pour rien.

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