Louvre-Garou

Jour 8

jour 8On m’a collé une soi-disant équipière dans les pattes. Apparemment, mes découvertes agacent en haut lieu. Je ne suis pas loin de penser que le gouvernement est au fait des paranormalités et autres mystères du musée, et qu’il fait tout pour éviter que le grand public y soit sensibilisé. À moins qu’il ne soit de mèche avec les forces obscures. Elle se nomme Zanna Mouldy, petite grassouillette au regard bovin, et semble être férue de tailleurs pied-de-poule. Une absurdité quand on connait la rudesse des opérations sur le terrain. Mais qu’importe. Elle ne m’empêchera pas de révéler au monde la terrible vérité. Et ce n’est pas le scepticisme moral et suranné auquel elle semble carburer qui mettra des bâtons dans les roues de mon opiniâtreté.
D’ailleurs, à peine entrée en fonction que je l’ai confrontée à un fait plus qu’insolite. Vous connaissez Les Trois Grâces, de Rubens, lui ai-je demandé. Elle ne connaissait pas… Ça commençait en fanfare. Je lui ai dégotté une reproduction, elle a lâché un petit soufflement ridicule agrémenté d’un sourire benêt : « Ah ! Ça ?! Ah, oui, je connais bien. Je croyais que c’était de Picasso. ». No comment. J’ai continué, me demandant si elle était vraiment cruche ou qu’elle essayait d’endormir mes suspicions en jouant les idiotes, pour mieux m’espionner et, éventuellement, torpiller mes plans. Je lui ai fait faire un petit tour du propriétaire, lui montrant successivement Les Trois Grâces de Lucas Cranach dit l’Ancien, de François Boucher, de Giuseppe Maria Bonzanigo, de Jean-Baptiste Regnault, de Gérard Van Opstal, d’Étienne-Maurice Falconet, d’Antoine-Louis Barye et de Jean-Jacques Pradier. À la fin de la visite guidée, je lui ai demandé quelles conclusions elle pouvait en tirer. « Bah, ça fait beaucoup plus que trois grâces en tout… ». J’allais définitivement laisser tomber l’affaire et lui chercher un placard bien confort à côté de la loge du gardien, quand elle a ajouté : « Comment elles font pour être si nombreuses ? Elles se reproduisent ? ». Ouf ! me suis-je susurré tout bas dans ma tête. Peut-être un espoir… Voyez-vous, lui ai-je répondu, je suis persuadé qu’il y a, caché quelque part dans le musée, un laboratoire de clonage. Un projet ultrasecret, avec tout ce que cela sous-entend (avec pour acmé, la destruction de l’humanité, bien évidemment). Ces reproductions des trois grâces sont les preuves que l’étanchéité du laboratoire n’est plus assurée. Remontons à la source de ces fuites, et nous découvrirons le labo. Elle a acquiescé d’un vif mouvement de tête (un peu trop, j’aurais dû me méfier). « Vous voulez que j’appelle les plombiers pour les fuites ? ».
Je crois que je vais l’étrangler…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :