Abductions

— Grand Sblörg, vous vous souvenez du Terrien qu’on avait enlevé, il y a quelques années standard, dans un pays appelé la France ?
— Le petit bonhomme trapu, là, avec ses longs poils noirs sur la tête, qui se débattait en criant : « Lâchez-moi, sales fascistes de merde ! ¡No pasarán! » ?
— Des cheveux, Grand Sblörg, ça s’appelle des cheveux, pas des poils !
— Oui, bon. Je me souviens de lui, en tout cas. Quel est le problème ?
— L’effacement de la mémoire récente a semble-t-il buggé. Il a développé un dysfonctionnement cognitif qui l’a poussé à ne plus s’exprimer qu’à l’écrit et par des textes courts. Ce qu’il appelle des micronouvelles, ou flash fictions, ou encore short short
— Oui, bon. Je m’en fous un peu de vos histoires, là. Je répète ma question : c’est quoi le problème ?
Le sous-fifre holoprojeta la page d’accueil de la Fabrique de Littérature Microscopique.
— Là, regardez. Il a trouvé trois autres victimes d’abductions, comme ils appellent ça, et ils se sont mis à publier leurs disruptions cognitives sur ce site.
— Bon, encore une fois, je m’en fous. Et encore une fois… En quoi ça nous concerne ?
— Mais là, regardez ! s’impatienta le subalterne. Là, le thème du mois ! Sur les abductions ! Ils révèlent tous les secrets de notre civilisation… Si nos motivations sont ainsi révélées au grand-jour, nous ne pourrons plus envahir la Terre peinards, comme prévu par le Plan Ultime de Conquête de la Galaxie.
Le Grand Sblörg se redressa sur son fauteuil, puis commença à parcourir les différentes micronouvelles des mois passées… En en lisant une au hasard de Benoît Yap, ce fin connaisseur de l’humour humain sourit : « La femme à lunettes aiment les hommes qui sont aux petits soins. Mais elle les préfère opticiens. ». En en parcourant une autre de Nelly Chadour, il se pligua littéralement dessus : « Malgré son inconcevable cruauté, il était possible d’échapper aux griffes du monstre mi sphinx mi panthère. Par la ruse, par l’astuce et avec une bonne dose d’intelligence, car il fallait l’admettre, le Sphinxthère était bouché. » La suivante, de Karim Berrouka, manqua de l’achever, tandis que ses yeux ruisselaient d’ichor noirâtre : « Voici une application plutôt inattendue de la pierre philosophale. L’alchimiste vient de réussir à transmuter le death metal mou en vie d’or dure. »
— Ah, purée, mais qu’est-ce qu’ils sont couillons ! partit-il dans un grand rire, avant de rassurer son intendant : Vous vous inquiétez pour rien, leurs cerveaux sont irrémédiablement grillés. Personne ne croira jamais toutes leurs conneries, là !

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