Archives de Catégorie: 11 En dérangement

En dérangement

Celui qui trouvera cette lettre pensera sans doute que je suis fou, que la raison a quitté mon esprit et que je vogue désormais en des contrées de vide ou de blancheur de murs capitonnés. Car oui, je l’ai vue de mes yeux vue, ô indicible horreur toute de tentacules affublée, dévorant les hommes de sa bouche large comme un champ de Mars (et pourtant ce n’était pas un lièvre). Du sang partout, des litres, des femmes en pleurs, des enfants en confettis, des hommes en rut. Mais aussi (et là, ça commence franchement à devenir dégueulasse alors arrêtez-vous là si vous n’avez pas le cœur bien accroché), Psychotik Monik jouant du Richard Clayderman sur un balafon nécronomiconique (trois feuilles, sativa gold), et encore (arghhhh, j’en défaillis rien que de me le remémorer dans ma mémoire), Ophélie Triple Flûte jouant du pipeau dans les ténèbres accompagnée de deux bohémiens informes qui tiennent en laisse le pékinois maudit de Barbara Cartland la Déesse Folle de la Rose Obscurité qui déclame l’intégrale des œuvres de Bernard Werber en vieux dialecte ougaritique (mais sans les labiales vu qu’elles s’est faite refaire les lèvres et que ça a foiré grave), et puis aussi encore (j’en tombe en catatonie rien que d’avoir leur nom sur le bout de la langue que je me suis faite bouffer par une horde de savants décapsulés de la boîte crânienne par des cannibales bavarois), Casimir Berseker et ses amis de l’île aux infâmes en pleine montée de napoléonite, ravageant l’Europe et sacrifiant des mp3 piratés de Jean-Jacques Goldman devant les mille temple d’Abdul Al-Hazred le Méphitique, aussi connu sous le sobriquet de l’arabe-dément-qui-fait-du-headbanging-en-écoutant-Naftule-Brandwein-et-sa-clarinette-qui-ricane, et aussi en plus encore et même j’oubliais (mais là j’ai pas les mots pour décrire l’indicible horreur sans nom et la syntaxe pour souligner l’inénarrable construction grammaticale épouvantable… arghhhh je ne peux plus ils sont là ils vont me ils me je…).
Celui qui trouvera cette lettre pensera sans doute que je suis fou. Franchement, c’est juger bien vite les gens.

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En dérangement

Le grand-père ne se souvient pas de mon nom. Ni du sien. Quand je lui rends visite, il me sourit toujours et me laisse entrer. Je me demande si je lui fais penser à son petit-fils.

El abuelo no recuerda mi nombre. Ni el suyo. Cuando le visito siempre me sonríe y me deja entrar. Me pregunto si le recordaré a su nieto.


En dérangement

C’est déjà l’angoisse pour le patient en thérapie quand elle se tait, mais c’est encore pire quand la psy cause.


En dérangement / Bateaux

Son comportement obsessionnel le poussait à aller d’une rive à l’autre, puis à revenir, puis à repartir, et ce, depuis des millénaires.
Il s’obstinait à réclamer une obole, alors que cette monnaie n’avait plus cours depuis des lustres, ce qui trahissait une incapacité à s’adapter.
Il n’y a pas à dire, pour passer son éternité sur une barge, Charon devait l’être un peu.


En dérangement

Le masochiste parano est persuadé que tout le monde lui veut du bien.

[Si vous êtes l’auteur de cette micronouvelle, que ma muse m’a refilée comme étant inédite mais pour laquelle j’ai quelques doutes, vous pouvez me faire signe.]


En dérangement

Le fou du roi a demandé au souverain l’asile politique. Mais ce dernier n’ayant plus toute sa tête, sa requête l’a rejoint aux oubliettes.


En dérangement

Le pauvre vieux atteint d’Alzheimer essayait de combattre la maladie comme il le pouvait, en donnant des surnoms rigolos à tout et tous. Mais cela marchait moyen, surtout que les surnoms en question n’étaient pas toujours bien trouvés. Ainsi, il avait un chien qui s’appelait Médor, une gazinière qui se surnommait la grosse Bertha, un zgègue prénommé Popaul, sans originalité, et une mémoire nommée Wanda.


En dérangement

Soudain prise de démence, la gardienne du troupeau égorgea et massacra tous les moutons. Son bref séjour dans la capitale et ses divertissements bien peu moraux sont sûrement à l’origine de cet accès de folie bergère.


En dérangement

Viens dans mes bras, disait ma grand-mère, mais elle les refermait avant que j’arrive, embrassant l’autre petit-fils, celui-là qu’elle n’avait jamais eu.

Ven a mis brazos, decía mi abuela, pero los cerraba antes de que yo llegara, abrazando al otro nieto, ese que nunca tuvo.


En dérangement

À chaque époque ses idoles. Si l’on se souvient bien des crises d’hystérie que provoquait l’apparition des Beatles, on n’oublie pas non plus qu’au siècle précédent, le célèbre docteur Freud provoquait de semblables réactions.


En dérangement

Adossé au mur molletonné semblable à un matelas, le fou racontait des histoires à dormir debout.


En dérangement

Après l’avoir écrasée, sous le choc, je la fis monter en voiture. Je notai alors sa jupe, trop courte, et je m’arrêtai à mi-chemin de l’hôpital.

Tras atropellarla, conmocionado, la subí en mi coche. Entonces me fijé en su falda, demasiado corta, y paré a mitad de camino del hospital.


En dérangement

Chacun de nous, même le plus vertueux et le plus sain en apparence, cache tout au fond de lui un monstre immonde et sanguinolent !
Arrête donc de t’agiter et je te montre, il faut juste que je finisse de t’ouvrir le ventre en deux…


En dérangement

Madame Leloup se plaignit d’attouchements perpétrés par le trio de praticiens qui devaient lui remettre le ciboulot en place. Ce n’est qu’une forme de vengeance, répondirent de manière énigmatique les trois psys cochons.


En dérangement

— Vos diagnostics, professeurs ?
— Il a été bercé trop près du mur. Il a la trace des briques sur le front, d’où ce look gaufré.
— Hum, je dirai plutôt qu’il ondule de la toiture. D’où l’aspect conique de son entonnoir.
— Que nenni. Cet homme yoyote juste de la touffe. Sinon pourquoi tant de mèches folles ?
— Bien. Nous l’internons ?
— Certainement pas.
— Il nous piquerait nos infirmières.
— Et il repeindrait nos plafonds.


En dérangement

Je suis chasseur de fous. En général, je les appâte avec une brosse à dent nommée Médor ou un escabeau et un pinceau. Je ne pensais pas qu’en construisant un château de la Belle au Bois Dormant, j’attirerai autant de cinglés. Y a même des types déguisés en souris qui pointent régulièrement leurs fesses. Mais toujours aucun signe de Louis II de Bavière…


En dérangement

Il y avait une profonde injustice dans le fait qu’on jugeait cet homme fou, lui qui passait son temps à quatre pattes, aboyant, rongeant son os et se frottant aux jambes des passants. Certes, il n’était pas normal. Mais alors, pourquoi son chien, guère plus normal, était-il, lui, considéré comme très intelligent lorsqu’il s’invitait à votre table en fumant le cigare pour vous entretenir sommairement de la pluie et du beau temps ?


En dérangement

Au grand dam du personnel hospitalier et des autres patients, le somnambule érotomane avait fait sienne cette devise, en la vivant dans sa chair (et accessoirement celle d’autrui) : « Qui dort pine ».


En dérangement

Quand notre promenade nous amène au parc, je détache leur laisse. Le chien fait le fou. Et le fou fait le chien.


En dérangement / Bateaux

Par sa faute, le paquebot s’était éventré sur des récifs et avait coulé comme une pierre. Il y avait eu des centaines de morts. Jamais il ne se le pardonnerait. Son esprit affaibli par le manque de sommeil, rongé par la culpabilité, ne voyait qu’une solution pour sortir de cet enfer…
Le capitaine ouvrit la fenêtre de sa chambre d’hôpital. Il contempla la mer, au loin… Chacun de ses scintillements était un clin d’œil qu’elle lui adressait…
Là, il lâcha définitivement les amarres.


En dérangement

Médée ayant découpé son frère en morceaux, fait bouillir Pélias et tué ses propres enfants, elle est internée dans l’asile des Bienheureux.


En dérangement

C’est l’histoire d’un fou qui repeint le plafond avec sa cervelle, un flingue en guise de pinceau.
Bah quoi, vous avez l’air déçu… Vous vous attendiez peut-être à une histoire drôle ?


En dérangement

— Non Ophélie, je ne changerai ni de nationalité, ni de sexe. Tu peux hurler tant que tu veux depuis le chemin de ronde du château.
— Sale con homophobe aristocrate ! Mon cœur est souffrance et mon âme est douleur. Moi à qui on avait promis une Hamlet Norvégienne… Si c’est comme ça, je me jette dans la rivière. Plouf.


En dérangement

L’Empereur en était sûr, il le sentait, c’était dans l’air. Il allait pouvoir lancer une nouvelle offensive, ça allait repartir comme en quarante.
Les infirmiers sentirent eux aussi quelque chose dans l’air, l’excitation, la fébrilité de « Napoléon », qui contaminaient aux autres patients.
Raté.
L’Empereur repartit juste en quarantaine.


En dérangement

C’est deux fous dans un ascenseur.
« Ça sent le caca, fait le premier.
— Désolé, j’ai roté. »


En dérangement

J’ai un ami imaginaire. Je ne lui adresse pas la parole. Je préfère l’écouter quand il crie, quand il pleure, quand il me supplie de l’oublier et de le laisser partir.

Tengo un amigo imaginario. No hablo con él. Prefiero escucharle cuando grita, cuando llora, cuando suplica que le olvide y le deje marchar.


En dérangement

Elle, elle avait brûlé vif son voisin. Lui, il avait mangé crue sa voisine. Ils se marièrent et firent beaucoup de barbecues.


En dérangement

On dit que je suis fou, parano. Pourtant, j’ai la preuve de ce que j’avance. La Faucheuse est partout. Je la reconnais, quel que soit le visage humain qu’elle arbore. À chaque fois, c’était elle. Une infirmière, un jeune cadre, un vieillard, un enfant… et sous leurs masques, révélé par la magie de mon scalpel, un crâne au rire grimaçant.


En dérangement

Les gardiens de l’asile mirent Houdini dans la chambre d’un patient qui n’avait pas dit un mot depuis des années. On espérait que le prestidigitateur interné parvienne à lui délier la langue.


En dérangement

Je suis un super-héros. Je porte une cape et un masque. Je combats les vilains qui me bourrent de pilules et m’enferment dans cette pièce molletonnée.

Soy un héroe. Llevo capa y antifaz. Lucho contra los villanos que me atiborran de pastillas y me encierran en este cuarto acolchado.


En dérangement

Si Napoléon n’avait eu qu’un petit vélo dans la tête, il se serait contenté d’un tour de France. Mais il avait un peloton tout entier. Il fit donc un magistral tour d’Europe.


En dérangement

C’est l’histoire d’un fou qui repeint le plafond. Puis les murs et les sols. L’asile ensuite, et tout le quartier. Il meurt d’épuisement au moment d’entamer le reste de la ville et les riverains qui retrouvent sa dépouille récupèrent à ses côtés un seau vide. Dans l’entre-temps, tous ses rêves colorés se sont enfuis.


En dérangement

— Docteur, j’entends des voix dans ma tête. Est-ce que je suis fou ?
— Non, vous allez bien de ce côté-là. Mais enlevez donc cette oreillette, monsieur Delarue.


Bateaux / En dérangement

Freud diagnostiqua Moïse, sans peur du ridicule ni de l’anachronisme :
— Le prophète était atteint d’une forme de complexe d’Œdipe, où les pulsions de vie et de mort se confondaient. Imaginez seulement le traumatisme du nourrisson, tout juste né et abandonné, avec un berceau pour frêle esquif, brinquebalé sur les flots tumultueux. Devenu adulte, il chercha à surmonter ce traumatisme en allant à la source de ce mal aquatique. Voyez la symbolique fortement sexuelle au moment d’accomplir ce miracle – et pas un autre ! – afin de fuir les armées du pharaon : il a ouvert la mère en deux !


En dérangement

On amena Houdini à l’asile en précisant bien qu’il était fou à lier. Et on souhaita bon courage aux infirmiers.


En dérangement

C’est dans le feu de l’action qu’on peut mesurer la flamme qui anime les grands hommes de l’Histoire. Néron et Charles VI en sont les meilleurs exemples.


En dérangement

Cette paire de schizos n’y couperait pas : même si ça ne les emballait pas, ils finiraient dans l’hallu.


En dérangement

C’est bien ça, oui, ce sont des parallèles, et toutes les lignes sont bien droites, mais je crains que ce ne soit pas une bonne nouvelle, me dit l’électro-encéphalographiste.

Hombre, sí, son paralelas, y todas las líneas muy rectas, pero me temo que eso no es una buena noticia, me dijo el electroencefalografista.


En dérangement

Le masochiste adorait les catastrophes en chaîne, surtout quand il portait sa tenue en cuir clouté.


En dérangement

L’alzheimer paranoïaque était persuadé que ses voisins complotaient pour… mais qui étaient ces gens ?


En dérangement

Automne. Les vieux perdent leur mémoire dans l’enchevêtrement des feuilles mortes. Ni leurs fils, ni leurs petits-fils ne prennent la peine de la chercher.

Otoño. Los ancianos pierden la memoria entre la maraña de hojas caídas. Ni sus hijos ni sus nietos se molestan en buscarla.


En dérangement

Malgré son acharnement à vouloir en faire de l’or, l’alchimiste ne réussit qu’à péter les plombs.


En dérangement

C’est l’histoire d’un fou qui, pour arrêter de voir la vie en noir, peint l’araignée de son plafond en rose. Un autre fou arrive alors et lui dit :
— Eh ! Accroche-toi à ce qui te reste de santé mentale, je retire l’échelle des valeurs !


En dérangement

Après l’accident, il fut réduit à l’état de légume. Ses proches le maintinrent en vie plusieurs années en l’arrosant avec ses larmes.

Tras el accidente quedó como un vegetal. Sus familiares le mantuvieron varios años con vida regándolo con sus lágrimas.


En dérangement

Ils en faisaient parfois un peu trop, à se taper la tête contre les murs ou à brailler à tue-tête, mais certains fous ne voulaient tout simplement pas risquer d’être jugés en bonne voie. Ils avaient eu vent du dehors, et il leur semblait plus sain de rester entre ces quatre murs.


En dérangement

— Vous voulez dire : vous mangez des mouffettes ?
— Non, non, des moufles.
— Ah ?…
— Vous savez, avant j’étais croque mitaine.


En dérangement

Le mégalomane onaniste confondait égotisme et érotisme.


En dérangement

— Bonjour monsieur le psychiatre, ou le psychologue, ou le psychothérapeute, ou je sais pas trop vraiment. Je crois que j’ai des hallucinations.
— Précisez cher client. Euh, je veux dire patient.
— En ce moment, vous m’apparaissez comme Napoléon.
— Chut, ne le dites pas trop fort. Je suis ici incognito. Joséphine me croit encore à Austerlitz à déquiller de l’austro-hongrois.


En dérangement

Je m’occupe de vieux atteints d’Alzheimer. Tous les matins, je leur raconte la même blague.

Cuido ancianos con Alzheimer. Todas las mañanas les cuento el mismo chiste.


En dérangement

Il avait en horreur les stylets, détestait le stylisme et ne parvenait pas à tenir un stylo en main plus de quelques secondes, tant ça le dégoûtait. Son psy lui prescrivit une thérapie très coûteuse qui, lui promit-il, lui permettrait d’attaquer le mal à la racine.


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