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Légendes urbaines

Il se raconte à lui-même la dernière légende urbaine, à haute voix, sur les places, dans les ruelles qui l’ont vu grandir. Voulant retarder le plus longtemps possible le dénouement, il décrit par le menu comment la peinture et le crépi s’écaillent sur les murs, comment briques, pierres et pavés se déchaussent, comment les ponts et les bâtiments ont entamé leur lent et inexorable délabrement.
Il se rappelle, en murmurant à voix basse, comment les égouts, faute d’entretien, se sont effondrés sur eux-mêmes, comment sa communauté a péri, comment il en a réchappé miraculeusement.
Il finit par se résigner : la ville est morte, il n’a plus rien à faire là.
Même les néons géants ont cessé de clignoter.
Il agite sa grande queue couverte d’écailles, et avant de se mettre en route pour la terre de ses ancêtres, quelque part en Afrique, écrase une larme paradoxale, qui est et n’est pas de crocodile.


Légendes urbaines

Les égouts remplis d’alligators ? Foutaises ! D’où viendraient-ils tous ?
Celui qui chie des crocodiles le sait, lui.


Légendes urbaines

Le meilleur moyen de communication pour propager des légendes urbaines, c’est encore le téléphone arabe.


Légendes urbaines

Le châtiment divin doit, dans ses détails, rester incompréhensible, et les voies du Seigneur impénétrables.
La légende urbaine née de la chute de Babel demeurera un effrayant enchaînement de mots de toutes les langues issues de cette catastrophe, et les hommes n’en saisiront que des bribes sans jamais appréhender l’ensemble du dessein de Dieu, faute de parler tous ces dialectes.


Légendes urbaines

Les mafias de Chicago se font la guerre par conteurs, concierges, colporteurs interposés. Les récits horrifiques des tortures infligées par les Italiens aux Irlandais, par les Irlandais aux Noirs, par les Noirs aux Italiens se répandent comme une traînée de poudre, alors même que la poudre ne parle plus, au grand soulagement des forces de l’ordre.
L’intimidation et la peur se répondent, remplacent les actes.
Les psys se frottent les mains : ils doivent soigner l’imaginaire collectif de toute une ville.


Légendes urbaines

Les légendes urbaines naissent de la ville elle-même. Le clapotis des ruisseaux nés de la pluie dans les caniveaux nourrit notre tristesse et notre mélancolie. Le grincement d’une grille rouillée alimente nos peurs. L’aboiement d’un chien dans le lointain réveille la bestialité qui sommeille en nous et nous pousse brutalement à sortir du carcan du métro-boulot-dodo, pour le meilleur et pour le pire…


Légendes urbaines

Ne pas perdre le lien avec le frère, le cousin ou le voisin qui est un autre soi-même.
Ne pas perdre le lien avec le mythe, la légende, même folle, même absurde et grotesque.
Un peuple à genoux à encore le droit de rêver, non ?
Au mépris des miradors et soldats, malgré l’épaisseur du mur qui étouffe leurs voix, les habitants de Berlin Est et Ouest se racontent des bouts d’histoires, tentant de recoller les morceaux des légendes urbaines de leur ville coupée en deux.


Légendes urbaines

Les crocodiles vivant dans les égouts de New York se sentaient martyrisés. Ils érigèrent un autel en l’honneur de Godzilla, Père-de-tous-les-sauriens, Roland Emmerich et Gareth Edwards sans que le sentiment de persécution s’estompe pour autant.
Ils ne savaient pas si les regards qu’on leur jetait était de la colère – pour avoir attiré un tel fléau sur la Grosse Pomme, ou de dégoût et pitié mêlés – pour avoir favorisé avec leurs prières et par deux fois un remake donnant une nouvelle dimension au mot honte.


Légendes urbaines

Communiqué d’un dirigeant de Marlboro :
« Il faut arrêter de fantasmer sur une quelconque filiation de notre honorable entreprise avec le Ku Kux Klan, sous prétexte que 3 K apparaissent sur nos paquets de cigarettes. Je peux vous assurer que notre tabac donne le cancer et tue sans faire de distinction de races et de religions ! »


Légendes urbaines

La légende urbaine a rejoint le domaine du mythe. Il n’y a plus un seul crocodile dans les égouts de New York ; ils ont tous été relogés par les services sociaux de la ville. Il fallait bien que leurs larmes servent à quelque chose.


Légendes urbaines

Dans l’indifférence générale, quelques crocodiles manifestaient au milieu d’une grande place new-yorkaise, brandissant des panneaux proclamant « Stop peeing! », tandis qu’un soprano caïman entonnait une chanson reprenant un air de Bob Marley : « We don’t need no more shit! »


Légendes urbaines

L’assassin de Whitechapel le sait mieux que tout le monde : les légendes urbaines sont impossibles à tracer, leurs véritables origines demeurent inconnues du commun des mortels. Concentrés de peurs primaires, ataviques, de rejet de l’autre, d’irrationnelles répulsions, elles se propagent en réalité depuis Dis, la première cité. Depuis l’Enfer.


Légendes urbaines

Godzilla en a marre que l’on parle de lui, voilà d’où lui vient son obsession de détruire la mégapole japonaise. Plus de Tokyo, plus de légende urbaine…


Légendes urbaines

Il fallait au moins une ville de la taille de Tokyo pour générer une légende urbaine aussi titanesque que Godzilla.


Légendes urbaines

Ces communes bâtardes, mornes banlieues et cités dortoirs perdues au milieu des champs, qui ne peuvent pas vraiment s’appeler villes, ne tiennent pas la comparaison par rapport aux mégalopoles survoltées. Ces ébauches au futur castré n’accouchent que de légendes urbaines inachevées.


Légendes urbaines

Il existe plein de créatures insolites qui fraient dans la jungle new-yorkaise sans pour autant devenir des légendes urbaines, comme elles savent rester discrètes. Si on a entendu parler des crocodiles qui pullulent dans les égouts, c’est parce qu’ils ont vraiment des grandes gueules !


Légendes urbaines

Et vous savez la meilleure, mon bon monsieur ? Il paraîtrait que les légendes urbaines, de quelques pays qu’elles soient, naissent toutes dans une même chaîne de bars, tenue par une seule et même famille. Moi je dis ça, mais vous remarquerez que cette histoire-là n’est pas vraiment une légende urbaine, comme si les tenanciers ne voulaient pas que l’on ébruite leurs petites affaires… D’ailleurs… Hein, qu’est-ce qu’il veut le serveur ? Que je prenne mes cliques et mes claques et que j’arrête d’embêter la clientèle… ? Ok, ok, rangez ce fusil à pompe, on se calme ! Je me barre de ce rade, moi !


Légendes urbaines

La légende urbaine selon laquelle une pièce de 5 centimes mettrait une nuit à se désagréger dans un verre de Coca-Cola explique sans doute en partie le succès de cette boisson. Beaucoup ont dû faire un mauvais calcul qu’ils s’imaginaient juteux : Avec un peu de Coke, cinq centimes deviennent dissous.


Légendes urbaines

La spécificité des légendes urbaines des villes côtières ? Elles ne manquent pas de sel !


Légendes urbaines

La rumeur citadine – déesse aux cent bouches d’égout – savait bien de quoi elle parlait quand elle évoquait l’existence de crocodiles dans les entrailles de New York.


Légendes urbaines

La légende de cette dame blanche avait touché énormément de villes et villages dans la région. Il faut dire qu’elle avait toujours été infoutue d’épeler le nom imprononçable du patelin qu’elle n’avait de cesse d’atteindre.


Légendes urbaines

Un responsable de McDonald’s s’exprime enfin sur les rumeurs de présence de vomi et d’excrément dans les piscines à balles de l’enseigne : « C’est dénué de tout fondement ! Chez McDo, on n’a pas pour habitude de faire du gâchis ou de jouer avec la nourriture ! »


Légendes urbaines

Bâties sur des trompe-l’œil, les légendes urbaines se répandent comme des traînées de poudre aux yeux.


Légendes urbaines

Jadis, Al Capone régnait sur les bas-fonds de Chicago. Aujourd’hui, si l’on en croit la rumeur, c’est Al Igator qui règne sur ceux de New York.


Légendes urbaines

« Gagaaaaaa ! Gnnnaaaa. Greeu, gaaaaargaah, gaaaah. Gaaaa. Huhuuuu. Gaaaaahaaara ! Grrru, hrrrugruuh, gaahahagg ?
— Rrraghargggh koff, koff, reeeeuh, gaaaaah, gighhhni. Gru ? Aaaaaarghgruu ! Gnniihi. Gniiiiiii !* »

*« Tu as entendu parler de c’t’histoire, comme quoi faut arrêter d’utiliser son téléphone portable, que les ondes émises donneraient des cancers du cerveau et tout ?
— Oui, ils ne savent plus quoi inventer, ces foutus écolos. Et il paraît même que ça provoquerait d’irréversibles troubles du langage ! Quelle connerie ! »

Et merci à Michael Roch, qui a l’autre bout du fil, m’a permis de mieux formuler cette micronouvelle…


Légendes urbaines

Elliot était sûr que c’était leur faute à eux – le gouvernement, les Illuminatis, le Nouvel Ordre Mondial ou allez savoir qui encore… On venait d’enterrer dans le désert du Nouveau-Mexique toutes les copies d’E.T. l’extraterrestre sur Atari 2600. Autant dire, toutes les preuves de l’existence de son ami-pas-imaginaire-du-tout-non-non-non.


Légendes urbaines

Les crocodiles des égouts de New York pensaient être peinards dans leur nouvel environnement. Ils découvrent un peu tard ce qu’ils n’auraient jamais soupçonné dans leurs marécages : l’homme est bien leur prédateur et ils auront beau vendre chèrement leurs peaux, ils vendront chèrement leurs peaux.


Légendes urbaines

Nostalgie : il a grandi dans les égouts de New York et, même si aujourd’hui il a réussi et s’est intégré, il n’oublie pas ses origines… À la moindre occasion, le crocodile de Wall Street place son argent sur un compte aux Iles Caïman.


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