Archives de Catégorie: 51 Résistances et états d’urgence

Résistances et états d’urgence

La Marseillaise, c’est très bien, m’explique le résistant en terrasse. Mais bon, là, l’heure est plus au beaujolais, hein.


Résistances et états d’urgence

La résistance contre le terrorisme demande des sacrifices. J’ai déjà offert mes tympans sur l’autel du rock, je peux faire don de mon foie aux terrasses des cafés.


Résistances et états d’urgence

Pour combattre les barbus, les politiciens de tous bords proposent leur éternelle mesure toute pourrie : « demain, on rase gratis ! »


Résistances et états d’urgence

Et moi qui pendant toutes ces années avais pensé que le véritable ennemi en terrasse – imbuvable, méprisant, non souriant – était le serveur parisien.


Résistances et états d’urgence

Je voulais entrer en résistance contre le terrorisme à la terrasse d’un café, mais après la quatrième pinte, je résistais plus trop.


Magie de Nöel / Résistances et états d’urgence

À la télé, le présentateur s’agitait sur son fauteuil, comme pris d’une violente crise d’hémorroïdes. La gravité de la situation ou bien la stature historique de son invité semblait l’intimider.
— Et donc si j’ai bien compris, c’est votre cadeau de Noël à la France, monsieur le président ?
Devant son poste cathodique, le vieux bonhomme lissait sa longue barbe blanche en écoutant l’intervention de François Hollande tout en buvant à grandes lampées sa bière de Noël. Il coulait des regards amusés à son alter ego maléfique, qui au fur et à mesure que le chef de l’État parlait, fulminait au point de manquer de s’étouffer avec sa pinte.
— En cette heure tragique, la déchéance de nationalité est l’une des solutions pour combattre le terrorisme, répondit l’imperturbable président, et elle s’appliquera, chaque fois qu’il le faudra, avec la fermeté et la justice nécessaires.
Le temps que le socialiste finisse sa phrase, le père Fouettard avait déjà traversé la pièce. Il colla son nez contre l’écran et éructa une réponse qui, comme tant d’autres, tomberait dans l’oreille d’un sourd :
— Ah bah bravo ! Et je parie que c’est moi qui vais me coltiner les punitions pour ces mauvais enfants de la France. Bordel ! (Il se tourna en titubant vers le père Noël.) Arrête de te bidonner, toi… Tu imagines combien ça fait de candidats potentiels, sur trois millions et quelques de binationaux ? Et tu vois déjà le foutoir, si je dois les ramener dans mon pays, parce que personne d’autre n’en veut ?
— Et tu oublies tous les crypto-gauchistes, les écolos un peu trop agités, les altermondialistes, les zadistes…, s’exclaffa son comparse. Bref, les opposants politiques qui bientôt pourront eux aussi être déchus. Ne me regarde pas comme ça, on y arrivera et bien vite plus que tu ne le crois, pendant ce gouvernement ou le suivant…
Le père Fouettard lâcha un hoquet en forme de rot.
— Oh, merde !


Magie de Noël / Résistances et états d’urgence

— Le dispositif de camouflage écoterroriste et les colis piégés ont été neutralisés, chef !!
— Putain, les cons, ils ont fait sauter le sapin de Noël avec tous les cadeaux !


Résistances et états d’urgence

Tandis que certains résistent en terrasse contre le terrorisme, d’autres, à même le sol, s’apprêtent à résister au froid.


Résistances et états d’urgence

Bravache, le résistant parisien contre le terrorisme tenait sa position en terrasse, qu’il neige, qu’il grêle, qu’il pleuve ou qu’il vante.


Résistances et états d’urgence

Il détestait les repas de famille et plus encore ces apothéoses d’hypocrisie avinée qu’étaient les réveillons de Noël et du Nouvel An. Mais cette année, il ne pourrait pas y réchapper. Tous, oncles, tantes, cousins, neveux, filleuls, grands-parents débarquaient chez lui. Et il était assigné à résidence.


Résistances et états d’urgence

Sa nouvelle vie en France, Saïd Ahmed Itaev l’a construite autour de son sport de prédilection. Il est devenu lutteur professionnel, allant jusqu’à défendre avec fierté les couleurs de son pays d’adoption aux championnats d’Europe et du monde.
Revenu de son troisième pointage journalier, il reste quelques minutes sur le perron de chez lui, hésite à rentrer et à aller retrouver sa femme et ses enfants qui l’attendent. L’ambiance est morose à la maison. Ce soir, il n’est pas très pressé de rentrer. Mais il est bien obligé. La loi l’y force. Saïd s’assoit sur les marches, alors que la nuit est tombée depuis un moment déjà. Ses yeux fouillent les ténèbres, sans qu’il sache vraiment ce qu’ils y cherchent.
Peut-être qu’au-delà de la flaque de lumière dispensée par le lampadaire, une voiture de police banalisée est là, que ses occupants épient ses moindres faits et gestes, s’assurent qu’il rentre bien chez lui. Peut-être qu’il n’y a personne.
Ce qu’il sait en tout cas, Saïd Ahmed, c’est qu’il ne pourra pas participer au championnat de France par équipe et qu’il est trop vieux pour espérer le faire l’année prochaine et celles qui suivront. Tout ce qu’il sait, c’est que malgré toutes les techniques qu’il maîtrise, il y a des choses contre lesquelles on ne peut tout simplement pas lutter.


Résistances et états d’urgence

Dans cette nouvelle France masochiste sous état d’urgence, des vocations naissent, que des slogans bien sentis aident à éclore.
Voilà par exemple l’engagement de la SNCF (Société Nationale des Condés et CRS de France) pris auprès de la population :
À nous de vous faire préférer les coups de pompe dans l’arrière-train.


Résistances et états d’urgence

La résistance continue, aux terrasses des cafés. Partout dans Paris, ânonné, éructé ou chantonné gaiement s’élève l’appel à la bière.


Résistances et états d’urgences

Avec sa matraque bien polie, son casque brillant, ses épaules carrées et ses coups de tatanes d’une élégance racée, ce CRS était irrésistible.


Résistances et états d’urgence

La résistance contre le terrorisme à la terrasse des cafés parisiens est aussi un acte de solidarité nationale. Il s’agit – exercice complexe s’il en est – de se serrer les coudes tout en les levant.


Résistances et états d’urgence

Une fois encore, le client se plaignit au serveur parisien de la nourriture. Depuis que manger en terrasse était devenu un acte de résistance, tout avait un goût bien amer.


Résistances et états d’urgence

— Monsieur le préfet, quand même, les activistes gauchos ont l’air très remonté ! Ils n’arrêtent pas de manifester, malgré les interdictions liées à l’état d’urgence.
— Ne vous en faites pas, mon petit. Avec tous les CRS que l’on a déployés, ça devrait se taser tout seul.


Résistances et états d’urgence

Alors que les brigades de cuisine et de salle s’activent dans les bistrots, en terrasse les brigades de résistants prennent position.


Résistances et états d’urgence

— Bonjour, monsieur l’agent.
— Bonjour.
— Je viens de recevoir une convocation pour une résidence d’auteur, c’est marrant, je pensais que c’était plutôt le service culturel de la ville qui s’occupait de ça.
— Faites donc voir. Ah oui…
— Oui ?
— Vous êtes un des quatre saltimbanques de la Fabrique de Littérature Microscopique ?
— Euh… disons qu’on jongle avec les mots, oui. Alors, cette résidence, c’est bon ?
— Ah mais oui, monsieur.
— Et ça commence quand ?
— Mais tout de suite. Tenez, signez là.
— Aaah. Très bien. Vous savez, ça fait tellement de temps que j’attends pour cette résidence d’auteur, je remplis un dossier tous les ans. Et ça sera où, donc ? Un chalet dans les Alpes ? Un manoir dans la baie d’Arcachon ?
— Ah non, monsieur. Voilà, signez là aussi. Ça sera chez vous. Avec interdiction de quitter la commune.
— Ah tiens. Bon. Drôle d’idée. Mais je suppose que c’est pour me pousser à écrire plus, sans me déconcentrer. Et sinon, ça rapporte combien ? Parce que c’était pas précisé sur la convocation…
— Six mois de prison et 7500 euros si vous jouez au con, monsieur.


Résistances et états d’urgence

Le Président est satisfait. Grâce à lui, les terroristes ont cessé de terroriser la population. Désormais, ce sont les CRS qui s’en chargent.


Résistances et états d’urgence

Aviné, le client parisien s’est endormi en terrasse. Bel exemple de résistance passive.


Résistances et états d’urgence

C’est le coup de feu dans la cuisine de ce bistrot parisien. En terrasse, les résistants au terrorisme s’arment (de patience).


Résistances et états d’urgence

Le gouvernement doit prendre des mesures radicales contre le terrorisme. Pour combattre les groupes et cellules d’arabo-musulmans fanatisés, il trouve conseil auprès du FN : après tout, les ratonnades, c’est leur crédo. Pour neutraliser les loups solitaires, il demande l’expertise de Chasse, Pêche, Nature et Traditions.


Résistances et états d’urgence

Le CRS était dans un grand état d’urgence, mais la porte des WC faisait de la résistance.


Résistances et états d’urgence

À chaque époque, ses symboles ou ses grands hommes. À cette terrasse parisienne, la résistance contre le terrorisme s’organisait autour du moulin à poivre.


Résistances et états d’urgence

Pour les combattants de la liberté installés aux terrasses des cafés parisiens, il prenait une saveur toute particulière, ce plat de résistance.


Résistances et états d’urgence

On nous demande de faire acte de présence aux terrasses des cafés, de montrer que l’on est de bons Français patriotes, en exhibant nos drapeaux tricolores aux fenêtres, comme d’autres leurs petites culottes. Dans le même temps, on nous empêche de manifester, et ceux qui s’y risquent finissent sur le carreau ou au gnouf. Comment, dès lors, (se) défiler ?


Résistances et états d’urgence

Une peur chasse l’autre. Ou peut-être s’y ajoute-t-elle. Qui se cache vraiment derrière un visage anodin ? Sont-ils vraiment là, parmi nous ? Depuis quelques semaines, il avait regardé d’un œil suspicieux les autres usagers du métro, craignant que l’un ou l’autre soit un terroriste. Dorénavant, il les lorgnait avec méfiance, se demandant s’ils votaient FN.


Résistances et états d’urgence

Il voulait faire un truc hype. Au vu de la réputation désastreuse des barbus, il se dit qu’il aurait intérêt à aller résister en terrasse contre le terrorisme, plutôt que de participer au No Shave November.


Résistances et états d’urgence

— L’état d’urgence, monsieur le Président ?
— Tout à fait.
— Pour lutter contre le terrorisme ?
— Tous les terrorismes. Tout ce qui nous terrorise.
— Le peuple, la liberté d’expression, la démocratie… ?
— Exactement.


Résistances et états d’urgence

Avec cette interdiction de défiler, on ne savait plus bien qui était un vrai contestataire et qui était un flic infiltré dans le cortège. Certains en venaient même à battre le pavé et des manifestants.


Résistances et états d’urgence

Un instant, il envisagea de se lever pour aller manifester au milieu de la place de la République, visible depuis sa table. Mais vu comment ça chauffait, il trouva urgent de continuer à résister vaillamment en terrasse contre le terrorisme.


Résistances et états d’urgence

Le résistant en terrasse parisienne ne s’imaginait pas être si durement touché. Il aurait dû s’en douter, pourtant, au moment de choisir le quartier et le restaurant. Son cœur s’arrête quand ses yeux tombent sur le montant de la douloureuse.


Résistances et états d’urgence

Les complotistes de toutes les obédiences expliquaient que pour bien résister, il fallait déjà connaître l’ennemi. Ils assuraient que les kamikazes ne frappaient pas aveuglément, mais que le crime payait. Des marchands d’armes, des banquiers, des dictateurs et des chefs de sectes devaient forcément tirer profit de ces attentats-subsides.


Résistances et états d’urgence

Consignes exceptionnelles pour les CRS au vu des circonstances tout aussi exceptionnelles. Leur hiérarchie les a conviés à délivrer un message fort et en rythme aux manifestants qu’ils matraquent :
« CE DI-MAN-CHE, N’OU-BLI-EZ PAS D’A-LLER VO-TER SO-CIA-LIS-TE ! »


Résistances et états d’urgence

Les agents hospitaliers soufflèrent un instant, se croyant compris et écoutés, pour la première fois depuis des décennies… Avant de saisir que la dernière mesure du gouvernement ne concernait pas vraiment l’état déplorable des urgences.


%d blogueurs aiment cette page :