Archives de Catégorie: L’atelier de Benoît Giuseppin

Figures libres

Le discours du prêtre, les témoignages des proches, l’hommage des enfants, les sanglots de l’épouse… Non, vraiment, c’était une sépulture émouvante. Maintenant, si on pouvait le laisser sortir de cette boîte…

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Figures libres

Chaque jour, la même routine pour l’entrepreneur de pompes funèbres : nécro, boulot, dodo.


Figures libres

Mort depuis peu et à la recherche d’une habitation qui vous corresponde ? Rendez-vous dans votre agence immobilière Cemetery 21.


Figures libres

Tous les cupidons vous le diront : contrairement aux idées reçues, les plus difficiles à atteindre sont les cœurs sans cible.


Figures libres / Télé

Les dieux de la télé exigent des sacrifices. Et quand c’est la deuxième chaîne qui paye son dû, il faut bien avouer que c’est moitié excitant. Comme le disait cet animateur offert aux puissances supérieures : « La 2 m’immole ! »


Pinocchio

Pinocchio était inconsolable. Elle était morte, sa compagne. À cause d’une simple écharde que le pantin n’avait pas poncée. Et voilà, pendant leurs ébats, paf ! elle avait explosé dans ses bras, Betty la poupée gonflable.


Pinocchio

En vacances, Pinocchio évitait le sud de la France et ses habitants. Il craignait particulièrement les Antibois.


Pinocchio

On accabla Pinocchio de toutes les tares et de tous les méfaits : paresse, oisiveté, pitreries, moqueries, agressions, vols, vandalisme, détournements de fonds, escroqueries, contrefaçons… On oublie un peu facilement qu’il n’était qu’un pantin. Mais jamais on ne put prouver que Geppetto tirait les ficelles.


Pinocchio

Bien charpenté, Pinocchio avait acquis en grandissant le surnom de « la poutre », pour les raisons que l’on devine. Des dimensions hors normes dont son petit ami ne se plaignait pas, au contraire. En revanche, celui-ci supportait difficilement les échardes dans le derrière.


Pinocchio

Vulgaire morceau de bois ou véritable petit enfant ? La réponse que donnerait le juge déterminerait la remise en liberté de Geppetto, surpris à fourrer du tabac dans le derrière de Pinocchio et à aspirer par son bout quelques bouffées de plaisir. Dans un cas comme dans l’autre, c’était une pipe.


Pinocchio

Quand il se lança dans la politique, Pinocchio n’eut aucun mal à pratiquer la langue de bois. En revanche, il dut engager un menuisier-chirurgien esthétique qui, chaque soir, lui refaisait le nez.


Pinocchio

Malgré une jeunesse insouciante, Pinocchio promettait de devenir sérieux et fidèle une fois en ménage. Pour sûr, il saurait garder une attitude de mari honnête.


Pinocchio

Pinocchio à son père :
— Pouah ! Qu’est-ce qui pue comme ça ?
— Désolé, c’est moi – j’ai péto.


Pinocchio

On reprochait à Pinocchio de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. C’est pour ça qu’il mentait autant.


Pinocchio

Sa première clope fut fatale à Pinocchio.


Déménagements

Ces déménageurs chargeaient leur camion plus vite que n’importe quel autre professionnel. Il est vrai qu’ils n’étaient jamais à l’abri que le propriétaire rentre à l’improviste.


Déménagements

Il avait bien prévenu : quatre étages sans ascenseur dans leur nouvel immeuble. Ceux qui transportaient le frigo n’en pouvaient plus, d’autant que plus ils descendaient, plus il faisait sombre et humide.


Déménagements

Il s’était attendu à ce qu’il y ait un peu de casse durant le déménagement, bien entendu. Apparemment, une lampe s’était brisée. Ainsi que de la vaisselle. Et un meuble. Rien d’important, en somme. Surtout en considérant qu’il venait de démolir la façade de la nouvelle maison avec le camion.


Déménagements

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Et déménagèrent donc dans un immense palais rempli d’amour.
(Bien sûr, vu le prix d’achat exorbitant, ils durent alourdir les impôts pesant sur le peuple pour pouvoir assurer le remboursement du crédit. Les taxes en nature furent également augmentées pour subvenir aux besoins de la famille grandissante. De fait, la famine s’abattit sur leurs sujets, dont les conditions de vie s’étaient déjà détériorées. Mais cela déborde du sujet et ne saurait entacher une histoire joyeuse avec des gens heureux.)


Déménagements

Quand ils emménagèrent, les propriétaires précédents étaient encore présents. Mais ça, ils ne le découvriraient que le jour où ils creuseraient sous la terrasse.


Déménagements

— Et le carton marqué « Enfants », je le dépose où ? Dans la petite chambre ?
— Non, mettez-le dans le jardin. Faudra bien que je me décide à les enterrer.


Déménagements

Chaque changement de domicile était l’occasion d’un nouveau départ. Alors il déménageait léger. Sans meubles, sans lave-linge, sans frigo, sans vaisselle, sans femme et sans enfants.


Déménagements

OK, j’ai réussi à dégoter les déménageurs les moins chers du marché, mais vu la distance, ça va quand même me coûter la peau du cul de retourner maison, songea E.T.


Déménagements

Avoir un pro de Tetris pour imbriquer les cartons au fond du camion, ça semblait une bonne idée. Un peu moins quand les lignes complètes se mirent à disparaître.


Déménagements

Elle se sentait un peu à l’étroit dans son nouveau chez-elle. Certes, ça valait toujours mieux que le truc décrépit qu’elle avait laissé. Mais cette âme se promit de ne plus déménager à l’avenir que dans des corps d’adultes complètement formés.


Dans les bois

En guise de protestation contre l’oppression bûcheronne, cet arbre s’est immolé par le feu. Ses camarades auraient aimé se désolidariser de ce geste, et ils l’ont même vivement condamné, avant de flamber à leur tour.


Dans les bois

Dans les bois, le garde-forestier a de plus en plus de peine à exercer sereinement son travail. Surtout depuis qu’il est seul à devoir gérer tous ces arbres qui veulent s’échapper.


Dans les bois

Au Woods Café, on accueille tout le monde. Les vieilles branches comme les durs de la feuille.
— Qu’est-ce que je te sers ? demande le barman à l’homme-tronc.
— Une petite mousse.


Dans les bois

Dans les bois, le Général Champignon motive ses troupes. Il exhorte les amanites, les chanterelles, les trompettes de la mort et tous les autres soldats Fungi à contre-attaquer. Ils ne se laisseront pas envahir et déloger par l’Homme ! Dès ce soir, ils avanceront sur la ville, s’y répandront, l’occuperont. Ils sont sur le pied de guerre !
Clameur dans les rangs.
« En parlant de pied, fait un bolet dans le fond, on y va comment, déjà ? »


Dans les bois

Mordu par un chêne-garou, il se transformait, les soirs de pleine lune, en arbre, et attendait là, toute la nuit, sans rien faire. Immobile. Impuissant.
Parfois, il lui arrivait tout de même de se demander comment il avait bien pu se faire mordre, exactement.


Dans les bois

Le bûcheron s’impatientait. Je lui ai fait signe : Juste une minute… J’ai gravé ton nom sur l’écorce du grand chêne, puis le mien. Je les ai entourés d’un cœur, puis j’ai fait une croix dessus et versé une larme. Enfin, j’ai dit : « Vous pouvez y aller. » Je me suis écartée, et la tronçonneuse a rugi, mordu le tronc…
Et toi, tu pleurais contre l’arbre, tu criais dans ton bâillon, tu t’agitais dans tes liens…


Dans les bois

La cognée contre l’écorce fait souffrir la forêt.
— Hache, toi qui es pour moitié ma sœur, pourquoi me trahis-tu ?
— Je n’y suis pour rien ; l’homme m’a fait son esclave.
— Alors libère-toi de tes fers, use de ton fer. Ne sois pas sa complice fratricide.
Les manches se tordent dans les mains des bûcherons. Les lames se retournent contre leurs maîtres. Elles frappent, tranchent, fendent. Ne sont point d’écorce les copeaux qui volent, ne sont point de sève les flots qui coulent.
La forêt est sauve, pour cette fois, et pour quelques ans encore. Mais de qui implorera-t-elle la miséricorde et l’assistance lorsque les dents des tronçonneuses grinceront contre ses enfants ?


Dans les bois

Le vent murmure un chant de perdition, les chemins s’égarent dans les ronces et n’en ressortent plus, le pépiement des oiseaux n’est qu’un écho déformé et lugubre. Le marcheur arpente le sous-bois la peur au ventre. La forêt complote contre lui. Il n’ose crier à l’aide, de peur d’attirer les bêtes sauvages. Il ose à peine faire un pas de plus, de crainte de se perdre plus encore. Il ne rentrera pas ce soir. Il ne rentrera plus jamais. Il morigène son étourderie, qui a mené une simple chasse aux champignons vers cette fin tragique et stupide. Il aurait dû écouter son épousée. « Mais qu’est-ce tu vas faire le pitre dans la nature ? Va plutôt me chercher des conserves au Lidl. »


Dans les bois

On prétend que des lutins lubriques vivent dans les bois, cachés sous l’humus. Le Petit Chaperon rouge n’y croit pas. Elle ne connaît là que la nature accueillante. Les écureuils sautillants, les arbres à la ramure frémissante, les souffles du vent. Et ces étranges champignons qui se dressent sur son passage.


Dans les bois

Dans les bois, je voulais graver sur l’écorce d’un arbre nos initiales entourées d’un cœur, et « Pour toujours » en-dessous. Mais j’ai encore oublié comment tu t’appelles.


Dans les bois

Dans les bois, il naît. Il s’éveille, grignote, grandit, mange, se développe, avale, effraye la faune, engloutit la flore et ne recrache que cendres.
Dans les bois, le grand méchant feu est un prédateur aveugle.


Dans les bois

Dans les bois, le Petit Chaperon rouge s’est sifflé la bouteille de vin et, conséquence, lâche des galettes. Finalement, le loup se dit qu’il a mieux à faire aujourd’hui.


Dans les bois

Si la nuit tombe dans la forêt mais qu’il n’y a personne pour l’entendre, fait-elle encore du bruit ?


Dans les bois

Dans les bois, le Petit Chaperon rouge aimerait pouvoir poser un cake peinard sans se faire emmerder à chaque fois par le grand méchant loup.


Conspirations et maîtres du monde

Bill et Bob, bonshommes de neige

— Dis, tu ferais quoi si t’étais maître du monde, Bob ?
— J’instaurerais l’hiver perpétuel. Et toi, Bill ?
— Ah ouais, pas con. J’avais pensé à faire exterminer les lutins mais je vais plutôt te piquer ton idée. Et te faire emprisonner.


Dans les bois

« Dans les bois vit un terrible loup végétarien ! »
Alors qu’il s’aventure dans la forêt, l’avertissement fait encore trembler de peur le petit champignon rouge.


Dans les bois

Dans les bois, je grave nos deux noms de mon canif. Un amour éternel. Je grave un cœur. Le tien. De nos prénoms suinte le sang. Et l’organe cesse lentement de battre dans ma main.
Dans les bois, tu ne me quitteras plus. Je t’ai tué avant que tu n’assassines notre amour.


Dans les bois

Dans les bois, le bûcheron fou abat les arbres à la chaîne. Celle de sa tronçonneuse, évidemment.


Dans les bois

Dans les bois, le loup n’a que faire des petits chaperons rouges. Les joggeuses, en revanche…


Dans les bois

Au fond des bois, il fait cueillette. Récolte des rouges, des verts, des jaunes, des bleus…
Au fond des bois, il se confectionne un chapelet de chaperons, le loup à l’estomac creux.


Dans les bois

Dans les bois, le loup poursuit des petits chaperons rouges et de noirs desseins.


Dans les bois

Ces bois ont toujours été le lieu d’occultes cérémonies… Par arrêté municipal, il a été décidé d’y effectuer des coupes claires pour éviter les messes noires.


Dans les bois

Dans les bois, il y a le cerf. Sur le cerf, il y a les bois. Topologiquement, j’ai déjà mal à la tête.


Dans les bois

Dans les bois, on craint le loup. Il peut surgir à tout moment.
Dans la gueule de bois, on ne craint plus le renard. Il a été lâché la veille au soir.


Dans les bois

Dans les bois, il y a toujours un chasseur prêt à tirer au moindre mouvement.
Là, un loup ! Pan ! Explosion de rouge.
Le loup s’enfuit. Le rouge reste. Le chasseur s’approche… Rouge sur rouge. Merde…
Au moins, se dit l’homme au fusil, je ne rentre pas bredouille. Voilà une galette et une bouteille de vin qui feront mon bonheur.


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