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Faucheurs

Le jour de la grève des faucheurs vit une explosion du nombre des miraculés.

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Faucheurs

Les faucheurs ne rendent jamais de dernier hommage à leurs victimes. Si vous en voyez un à un enterrement, il est là pour vous.


Faucheurs

Le faucheur vient rarement à la kermesse de l’école. La fête n’en est que plus mémorable.


Faucheurs

Le faucheur n’aime pas s’occuper des condamnés à la peine de mort. Il pourrait invoquer des raisons éthiques, mais la vérité c’est qu’il n’y a là aucune place pour la créativité. Tout est encadré, préparé, sans surprise. Du travail de petit fonctionnaire. Comme on dit dans la profession, la chaise électrique, c’est du tout cuit. Quitte à faire partir un tel gus, il préfère encore improviser un coup de poinçon. Ou une petite glissade fatale dans les douches de la prison. Donc non, décidément, l’éthique n’a rien à voir là-dedans.


Faucheurs

Faucheur est bien le seul métier où provoquer un accident n’est pas considéré comme une faute professionnelle… à moins qu’il n’y ait aucune victime.


Faucheurs

Le virage était réputé dangereux. Les automobilistes arrivant à vive allure n’avaient aucune visibilité sur le passage piéton emprunté par les collégiens. La municipalité ne faisait rien. Les faucheurs, eux, se faisaient un bowling. Dès qu’un groupe de dix traversait, c’était l’occasion pour un des agents de la mort de tenter sa chance avec une ou deux voitures. Quelques beaux strikes avaient été réalisés. Ils espéraient juste terminer la partie avant que l’endroit soit finalement réaménagé.


Faucheurs

Le premier d’entre nous, de sa faux affûtée, lui provoque quelques vives douleurs dans le dos et la poitrine. L’homme trébuche, se rattrape à son guéridon puis bascule. Tandis qu’il est à quatre pattes, suffoquant, les trois suivants lui plantent, à tour de rôle, des vrilles de souffrance dans les jambes, dans les bras, dans le cœur. Il se traîne, subit les assauts répétés. Rampe vers le téléphone trop loin. J’entre alors en scène : ses membres le trahissent, sa vue se trouble. Ses pas se dérobent sous lui chaque fois qu’il pense avancer vers l’appareil salvateur, chaque fois qu’il lutte contre la mort et croit la repousser. Il atteint finalement le combiné, ses doigts cherchent les touches pour composer le numéro des secours. Sa main glisse, entraînant le téléphone qui s’écrase sur sa tempe. Alors, il me voit enfin. La tonalité, tout près de lui, l’enjoint à faire un dernier effort pour son salut. Mais il me fixe. Il me défie, déjà vaincu. Je m’apprête à l’achever d’une hémorragie cérébrale.
On trouvera que nous en faisons trop, certains diront que nous sommes lâches, mais il mérite bien tout ce cérémonial : ce soir, on met à mort le matador.


Faucheurs

L’automobiliste trouva la mort dans un accident. Il la laissa à sa place et ressortit indemne de la carcasse.


Faucheurs

Même expérimenté, le faucheur en est toujours à son coup décès.


Faucheurs

Son créneau, c’était la mort amusante. Le gag fatal. Parvenir à provoquer l’hilarité à la vue du trépas. Malheureusement, en-dehors de la banane, de la bouche d’égout et du piano qui tombe, il peinait à se renouveler.


Faucheurs

Un vrai clown, ce faucheur. D’ailleurs, il s’invitait souvent aux goûters d’anniversaire.


Faucheurs

Ce n’était plus un faucheur, mais une moissonneuse-batteuse. Il s’était spécialisé dans les disparitions de masse. Des trains, des stades, des immeubles entiers. Il faut dire, il tentait de rétablir l’équilibre : dans son job précédent, il avait été un cupidon et, ayant décoché plus de flèches qu’on ne saurait le dire, il avait contribué à l’explosion démographique du pays.


Faucheurs

Une longue robe à capuche noire, le visage blafard, une faux démesurée au tranchant affûté… Je l’avoue, en dehors des grands événements, j’évite le costume traditionnel. Il a un côté pompeux un rien ridicule.


Faucheurs

Sincèrement, je ne sais pas ce qui se passe après. Si le Paradis existe, si la réincarnation est au bout du tunnel. Mais les hurlements qu’ils poussent quand je les laisse n’ont rien de rassurant.


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Le petit Théo a un ami imaginaire. Edgar, qu’il s’appelle. Ils ont de longues discussions, pendant lesquelles c’est surtout Théo qui parle. Edgar, lui, sait qu’il ne devrait pas s’attacher. C’est l’erreur des jeunes faucheurs, vouloir connaître leur client.


Faucheurs

Le jeune micronouvelliste remarque soudain le faucheur qui se tient derrière son bureau. « Tu le sais mieux que moi, fait l’agent de la mort, les plus courtes sont les meilleures. »


Faucheurs

Ce faucheur s’occupe souvent de grosses commandes. Crashs aériens, incendies d’immeubles, séismes. En guise de touche personnelle, il laisse toujours un survivant. Souvent une petite fille, parfois un centenaire. On les appelle des miraculés. Ça donne un peu d’espoir au monde, et des titres tout faits aux journalistes.


Faucheurs

Gros contrat : un président. Surprotégé par gardes du corps, systèmes de sécurité, médecin personnel et toute une clique de larbins à son service. Allez, on va retenter le coup du bretzel.


Faucheurs

C’est une faucheuse tout à fait charmante. Drôle et séduisante. On s’est rencontrés sur un accident de voitures, des monospaces encastrés ; on s’occupait chacun d’une famille. On s’est revus. On se plaît. On va s’installer ensemble. Plein de projets. Mais, si pour la mort on s’y connaît, on se demande vraiment si on peut donner la vie.


Faucheurs

On a les passe-temps qu’on peut. Pour un peu de fantaisie, je conçois mes morts comme des machines de Rube Goldberg. Des effets domino. À partir d’une feuille qui tombe d’un arbre, en passant par une porte qui claque et un chat qui bondit, je fais en sorte qu’un engin de nettoyage écrase un cycliste. Plus la chaîne d’événements est longue, plus la satisfaction est grande.
Et puis ça amène une dimension aléatoire : comme ce n’est pas toujours au point, certains condamnés en réchappent. Plus ou moins indemnes.


Faucheurs

Les managers n’hésitent pas à mettre la pression sur les faucheurs. On ne craint pas trop les suicides, dans la profession.


Faucheurs

J’ai soupiré en voyant la proposition qu’on m’a faite à la sortie de mes études ; ça sentait le stage photocopieuse-machine à café. Ça l’était, mais on n’imagine pas toutes les morts amusantes (et pas toujours glorieuses) qu’on peut provoquer avec ces deux appareils.


Faucheurs

Les apprentis faucheurs se font la main sur les nouveaux-nés.


Faucheurs

Le fauchage, c’est pour ainsi dire de l’artisanat. On prend soin de chaque mort. On l’élabore, la peaufine et la réalise avec un savoir-faire qui ne s’improvise pas. Or aujourd’hui, comme dans tous les secteurs, on ne parle plus que rentabilité et production de masse. On délocalise. On fait du offshore. Dans les pays émergents, les faucheurs se payent moins cher, mais pour quel résultat… Vous vous demandiez pourquoi les guerres, les catastrophes naturelles, les famines ?


Faucheurs

La concurrence des amateurs, ça tue le métier. Ce soir, le faucheur s’occupe du serial killer.


Faucheurs

Quand bien même on vit la mort au quotidien, on doit rester respectueux. Regardez les conseillers funéraires, les porteurs de cercueils… le professionnalisme ne leur fait jamais défaut. Nos clients vivent un drame, souvenez-vous-en. Alors cessez de faucher en sifflotant.


Faucheurs

Il a lamentablement raté tous ses derniers fauchages, et le voilà relégué à la section des chiens écrasés.


Faucheurs

Quel plaisir de faucher. Mais pour augmenter ses chiffres, il faut savoir sous-traiter. En matière de tueurs, soldats, terroristes et serial killers sont des valeurs sûres mais peu originales. Lui préfère les chirurgiens incompétents, les chauffards, les parents imprudents…


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Madame Pinson – chambre 57 de la maison de retraite – fait décidément des tartes délicieuses, dont il se régale à chaque visite. Allez, cette fois encore, il fauchera une autre pensionnaire.


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Par goût de l’ironie, et pour le traumatisme moral assuré sur le partenaire, ce faucheur aimait à faire advenir la grande mort – la véritable mort, celle définitive – au moment même de la petite mort. Et puis, trépasser au faîte de la jouissance, il y a pire, comme fin.


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