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Microscoops / Peurs d’enfance

À Neuilly, les parents ne savent plus quoi inventer pour faire dormir leurs rejetons turbulents :
— Allez, couche-toi maintenant, sinon Mélenchon le Rouge va ouvrir une boucherie dans notre rue, pour y vendre de la viande hallal de petits enfants !


Peurs d’enfance

Elle serait une grande fille, non, non, une femme, une vraie femme, et elle n’aurait plus jamais, plus jamais, plus jamais peur, se jura-t-elle, le visage baigné de larmes, les lèvres tremblantes, en refermant pour toujours la porte de la chambre où son père, qu’elle venait de larder d’une quinzaine de coups de couteau, finissait de se vider de son sang comme un porc.


Peurs d’enfance

Cette excitation, mêlée de peur face à l’inconnu, obsédait les camarades de classe de Cynthia, à l’approche de l’adolescence. Elle, ça la laissait de marbre. Elle ne voyait pas pourquoi ils s’extasiaient à l’idée de tirer sur leurs premiers joints ou de perdre leur virginité à l’arrière d’une voiture. Elle était blasée… Elle avait déjà fait tout ça avant ses sept ans.


Peurs d’enfance

La maison était bien calme. Le lit de Charlie ne se secouait plus dans tous les sens comme chaque nuit depuis que sa famille avait emménagé ici. Le petit garçon turbulent – sa mère le traitait souvent de « petit monstre – ne craignait plus de se faire arracher la main quand il prenait une paire de chaussettes dans son tiroir, ou de se faire happer par la créature tapie dans son armoire. Mais Charlie prenait cela comme un mauvais présage. L’accalmie avant que frappe la tempête, de toutes ses forces. Et il avait bien raison, car la nuit suivante, il fit la connaissance du terrible monstre mangeur de monstres.


Peurs d’enfance

Il avait peur des autres élèves, des maîtresses, de « ses » parents… Peur, en bref, qu’on le démasque, qu’on devine ce qui se cachait réellement derrière les traits du petit Michael, qu’il avait remplacé. Mais surtout, il était terrifié à l’idée que son véritable père découvre le passage conduisant sous le lit et finisse par le retrouver.


Peurs d’enfance

Le petit Harry ne put s’empêcher de hurler de toute la force de ses poumons, sans pouvoir par la suite mettre aucun mot sur sa terreur, lorsqu’il vit ce que la femme dans la queue de la caisse, devant sa mère, avait comme articles. Un, deux, trois, quatre parfums différents. Et des désodorisants. Harry s’était brusquement rappelé cet été traumatisant chez son grand-père, dans son appartement parisien. Souvenirs ? Rêve ? La fragrance de tous ses parfums, que son aïeul avait usés sans cesse, afin de ne pas éveiller les soupçons des voisins, vint lui chatouiller désagréablement les narines.
Grand-père lui avait fait promettre de garder le secret, sachant sans doute, de toute façon, qu’il était trop petit pour seulement dire ce qu’il avait vu. En attendant, ils avaient passé deux semaines à devoir supporter l’odeur des cadavres de ces cambrioleurs que le vieux avait abattus alors qu’ils entraient chez lui par effraction. Et celle de la tante, qui avait voulu le dénoncer à la police. Et celle aussi de ces Témoins de Jéhovah qui avaient un peu trop insisté pour entrer…
Depuis, à chaque fois qu’il voyait une bouteille de parfum, une partie de l’esprit d’Harry, logé quelque part dans son cerveau reptilien, se focalisait sur l’idée de la mort.


Peurs d’enfance

Charlie prenait soin de ne surtout pas regarder sous son lit, lorsqu’il se glissait dans les couvertures. Il savait que le monstre sous le lit guettait le moindre faux pas de sa part. Lui accorder de l’importance, c’était lui donner la force de nuire vraiment. Mais même sans l’observer, il avait sa petite idée quant à la nature de cette créature. Il devait s’agir d’un gros loup tapi en embuscade, vu tous les moutons qui traînaient sur le plancher.


Peurs d’enfance

En grandissant, Théo avait compris que le monstre sous le lit, ceux de la cave ou du grenier n’étaient que des inventions de son esprit imaginatif, une fable qu’on racontait aux enfants pour les effrayer. Mais il y avait un monstre qui hantait la chambre de ses parents, de ça, il en était sûr. Pour rien au monde, il n’entrerait là. Les bruits qu’il poussait, cris aigus et souffles rauques, suffisaient à le tétaniser au milieu de la nuit. Heureusement, ses parents fermaient toujours la porte de leur chambre à clé, qu’ils s’y trouvent ou pas. Alors… Comment Théo savait-il que cette créature existait vraiment ? Il avait entendu ses parents parler à voix basse, en quelques occasions, de la « bête à deux dos ».


Peurs d’enfance

Gerald, le fils du tout nouveau lauréat de l’International Gore Award, n’avait pas de raison d’être terrifié par les écrits de son père, mais le trophée en question le tétanisait. Il faut dire que, ainsi que son père avait pu le vérifier sur leurs imbuvables voisins dès qu’il était rentré de la remise des prix, ce lourd objet contondant semblait avoir été conçu tout spécialement pour réduire des crânes en bouillie en un ou deux coups.


Peurs d’enfance

Dans ce pays à la dictature installée au pouvoir depuis plusieurs décennies, les histoires censées édifier la jeunesse de la nation mettent les enfants en garde, non pas contre le monstre du placard, mais contre celui de l’isoloir.


Peurs d’enfance

Dans le doute, de peur qu’ils reprennent leur apparence première, il les maintenait attachés avec de lourdes chaînes en acier. Il ne savait pas à quel moment exactement l’innocence de son enfance s’était envolée ni quand précisément les monstres de la cave, du grenier, du placard et sous le lit avaient pris les traits de prisonniers humains terrifiés.


Peurs d’enfance

Il ouvrit le livre et commença à raconter à Timo son histoire du soir. Ce n’était pas un petit livre de contes, comme d’habitude, plutôt un énorme grimoire poussiéreux. Ce n’était pas l’histoire d’une princesse qui s’ignore et finit par découvrir ses origines, et le grand amour, comme d’habitude. Plutôt l’histoire effrayante d’un monstre qui attend son heure, quand sa jeune victime savoureuse s’endormira, pour l’engloutir en trois bouchées. Le lecteur referma le livre une fois l’histoire finie, adressa un clin d’œil à l’enfant terré au fond de son lit et lui ébouriffa les cheveux. Puis il quitta la chambre en laissant le grimoire inquiétant en évidence sur la table de chevet. Timo aurait voulu se lever d’un bond et courir jusqu’à la chambre de ses parents, s’assurer qu’ils étaient bien là, qu’ils allaient bien, que son père était vivant. Mais au lieu de ça, il resta empêtré dans ses draps, les couvertures sur la tête, priant pour avoir simplement rêvé cette horrible histoire du soir. Timo le savait, Timo le sentait, il l’avait lu dans ses yeux, dans son sourire trop grand pour être… normal ! Même s’il avait les traits de son père, ça n’était pas lui.
Après le monstre sous le lit et celui du placard, le gamin venait de faire la connaissance du monstre de la bibliothèque.


Peurs d’enfance

Férue de mythologie, la petite Beverley a cauchemardé toute la nuit du dimanche au lundi et a passé son début de semaine avec une boule dans le ventre. Ses parents veulent faire d’elle une future assistante de direction, parfaite en tous points. Rien que de penser à ce qui l’attend ce soir, Beverley est pétrifiée : sa mère l’a inscrite à son premier cours de Sthéno.


Peurs d’enfance

Jules, gosse alsacien et fils unique, avait constamment les yeux rivés sur le ciel. Il craignait par-dessus tout les cigognes. Ce n’était qu’une question de mois, il le savait, avant qu’une d’entre elles dépose sur le perron de sa maison un nourrisson qui ravirait tout l’amour de ses parents.


Peurs d’enfance

Non. Elle ne se rapprochera pas du bord de la piscine. Non. Elle ne se jettera pas à l’eau. Non. Elle ne se laissera pas attacher à une planche. Elle connaît la vérité derrière les mots. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de « nage papillon ». Elle sait bien que le maître-nageur ne se sert pas de sa perche pour aider les élèves à nager. Non. Il l’appuie sur la poitrine de ses camarades, et pousse, pousse. Il les cloue au fond de la piscine, comme des papillons sur une planche de liège.

(Merci à Sandrine Scardigli pour l’enrichissement de la micronouvelle avec « nage papillon » et la planche)


Peurs d’enfance

Empêtrée dans un cauchemar poisseux, bondé de monstres indescriptibles, la fillette se savait en train de rêver. Même ainsi, elle cherchait à s’enfoncer plus avant dans le sommeil, à ne pas quitter les rivages du rêve tout de suite. Car la réalité qui l’attendait à son réveil était bien plus terrible.


Peurs d’enfance

Je crois que je garderai gravé en moi, jusqu’à la mort, le souvenir de la vieille folle du bout de la rue. Notre famille vivait la maison mitoyenne. Personne dans le quartier ne lui adressait la parole, mais les rumeurs allaient bon train à son sujet. Elle avait toujours vécu là et, au décès de ses parents dans d’étranges circonstances jamais vraiment élucidées, elle s’était retrouvée toute seule, à peine majeure. Cette perte n’arrangea rien à la bizarrerie de la jeune fille, qui empira. Le facteur nous rapporta qu’elle lui avait déclaré, avec un regard halluciné, que c’en était fini de sa relation enfantine avec Willy, son ami imaginaire. Elle avait compris, avec la mort de son père et sa mère, qu’il était véritablement une bête. LA Bête ! Et qu’elle, donc, ne pouvait être en toute logique que la Belle. Ils se devaient de vivre leur conte de fées et leurs rapports devaient évoluer… vers « quelque chose de plus adulte ». Le facteur avait semble-t-il repris mot pour mot l’expression de la voisine, mais en disant cela, une expression narquoise avait flotté sur son visage.
Aux yeux du quartier, elle avait vécu une existence solitaire et recluse, en dépensant lentement l’héritage parental, sans avoir à travailler.
Le mur de ma chambre donnait directement sur leur maison, et mes sens, puis mon imagination d’enfant qui prit le relais, me racontèrent une tout autre histoire.
Avec effroi, au beau milieu de la nuit, je les entendais, leurs ébats contre-nature. Elle et… allez savoir quoi exactement ?, de la tombée de la nuit au lever du jour, ils ahanaient et soufflaient tout contre mes oreilles. Il me semblait presque sentir dans l’air au-dessus de mon lit leurs odeurs mêlées, sueur féminine et musc immonde.
Puis avec les mois, les années, d’autres halètements, d’autres remugles se mêlèrent à ces premières agressions sensitives. Je savais, tout au fond de moi, sans avoir besoin d’en parler (qui me croirait de toute façon ? Elle vivait seule, hein !) qu’elle avait enfanté. Une dizaine, des douzaines de petits monstres, qui grouillaient chez elle. Prisonniers, cherchant à s’évader dans le vaste monde. À creuser le mur qui donnait sur ma chambre.


Peurs d’enfance

Le taudis qu’il occupait était peuplé par des menaces bien plus réelles que celles hantant habituellement les gosses de riches. Ce qui terrorisait ce gavroche, la nuit, ça n’était pas le monstre sous le lit, dans le placard ou les chaussettes, mais les rats. Partout. Sous le lit, dans le placard et les chaussettes, bien sûr. Mais ils gambadaient également dans les murs, entre les couvertures, sur sa peau couverte de sueur.


Peurs d’enfance

Si le petit Teddy insistait tant pour que sa mère lui raconte une histoire chaque soir avant de dormir, ça n’était pas, comme elle pensait, pour calmer ses angoisses nocturnes, mais pour apaiser la colère du monstre des chaussettes, ainsi que ceux sous le lit et dans le placard.


Peurs d’enfance

Quelle horreur et quelle responsabilité que de devoir garder cette peste de petit frère, braillard et toujours sale, se dit Lisa. Mais aujourd’hui, ça va mieux… Même si Brian pue, comme d’habitude, il est tout à fait calme, depuis qu’il a cessé de respirer, pour toujours, semble-t-il.


Peurs d’enfance

Il n’était plus là pour l’entendre mais elle aurait voulu dire à son beau-père (une dernière fois) qu’elle détestait les balades en forêt. Surtout la nuit. Et toute seule.


Peurs d’enfance

Depuis qu’il avait été interné dans un asile pour le meurtre sanglant de ses parents, Jeremy n’était plus hanté par le monstre sous le lit. Il avait été remplacé par un gigantesque monstre, sous l’hôpital.


Peurs d’enfance

« Viens, n’aie pas peur, ma petite puce ! » susurra-t-il d’une voix faussement douce.
Elle le haïssait de tout son être, quand son beau-père utilisait ce petit nom en apparence mignon, mais qui annonçait qu’il allait très bientôt se comporter comme un chien avec elle.


Peurs d’enfance

La petite Karine n’avait pas peur du monstre sous le lit ou de celui du placard. Car elle n’avait ni l’un ni l’autre. Elle craignait des horreurs bien plus tangibles, bien plus terribles : la faim dévorante, le froid de ces rues prises dans un hiver glacial et tous ces pervers qui arpentaient le pavé en quête d’une proie facile.


Peurs d’enfance

Enfant, elle était la seule à voir le monstre des chaussettes. Lorsqu’elle devint une adolescente mal dans sa peau, lui aussi grandit, muant et changeant de nom. Encore une fois, la jeune anorexique était la seule à voir le monstre de la graisse.


Peurs d’enfance

Les chasseurs de vampires, loups-garous et créatures de la nuit ont commencé en général très tôt leur combat contre les forces du mal, en exterminant dès leur prime jeunesse les monstres sous le lit, dans le grenier, dans le placard… jusqu’au moindre parasite surnaturel domestique.


Peurs d’enfance

Respect, politesse, obéissance. Charlie n’était pas un mauvais garçon, mais il avait en horreur ces valeurs que son alcoolique de père lui inculquait à grands coups de trique.


Peurs d’enfance

Jeune garçon innocent, il était terrifié à l’idée d’ouvrir la penderie où se tapissait un monstre. Mais la roue avait tourné. Devenu un homme d’affaires sans scrupules, c’est avec une indifférence totale qu’il choisissait un costume dans son placard empli de cadavres.


Peurs d’enfance

Le monstre sous le lit le dégoûtait et le traumatisait. Mais ça n’était rien par rapport au monstre dans son lit. Son propre père.


Peurs d’enfance

Tout ce en quoi il croyait s’effondra, le jour où il découvrit que son ami imaginaire était également le monstre sous le lit.


Peurs d’enfance

La petite Paz était partie en colonie de vacances pour la première fois. Les monstres du grenier, du placard et de sous le lit l’avait suivie dans son voyage. Dans ses valises. Elle le savait. Les filles qui avaient fait d’elle leur souffre-douleur avaient beau cacher leur jeu auprès des moniteurs, elle les avait reconnues pour les abominations qu’elles étaient. Plus encore que leur comportement, leurs noms mêmes les trahissaient : Angustias, Soledad et Dolores.


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