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(Micro)écrits en urgence

On le traîne aux urgences en état d’ébriété avancée. Miracle de la science, sans aucun coup d’œil d’un médecin, il ressort « guéri ». Il a dessoulé durant son bref laps de temps passé à attendre (une dizaine d’heures, tout au plus).

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(Micro)écrits en urgence

Ce sont souvent les plus croyants des accompagnateurs de malades qui restent le plus longtemps avec leurs proches aux urgences, non sans arrière-pensées. À attendre des heures dans ces antichambres de l’enfer pour la bonne cause, ils espèrent bien gagner leur place au paradis.


(Micro)écrits en urgence

DÉPASSEMENT DES DOSES PRESCRITES. Barbituriques, héroïne, cannabis, alcool, somnifère, ecstasy, LSD… Aux urgences, le cocktail indigeste continuait : crise de paranoïa, souffrance aiguë, euphorie, politesse crispée, injures, suppliques, lavement, évanouissement et vomissement.


(Micro)écrits en urgence

Un peu comme des insectes par la flamme d’une bougie, inconsciemment, les hypocondriaques sont attirés par les urgences. Là, ils ont l’occasion de côtoyer les grands brûlés, les incurables, les spectaculaires victimes d’accidents de voiture, bref leurs idoles pour quelques heures (souvent les dernières desdites idoles).


(Micro)écrits en urgence / Fantômes et âmes en peine

Philémon savait qu’il n’aurait pas dû se rendre aux urgences les plus proches de chez lui. Il avait agi ainsi par commodité, mais les rumeurs sur ce « mouroir » étaient sans doute en dessous de la vérité. Il retrouva tous les gens qu’il avait croisés là-bas, pendant son interminable journée, maintenant qu’il attendait à nouveau, aux portes du paradis.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, l’attente interminable est propice à l’introspection, et nos pensées sont plutôt graves, avec la mort proche, voire omniprésente, même si on essaie de la tenir à distance. Autant de raisons de prévoir comme annexe de chaque unité d’urgence une chapelle, car le terrain est déjà prêt pour que même les athées soient pris de soudaines envies de prier et de se confesser.


(Micro)écrits en urgence

Les urgences, c’est comme les Molières, mais en mieux. Entre ceux qui jouent la comédie et ceux qui vivent une tragédie (avec infection alimentaire de moussaka avalée au grec du coin), il s’y noue aussi des psychodrames et de véritables vaudevilles (« Comment ça tu es enceinte de sept mois et on ne découvre ça que maintenant ? Et qui est le père, d’abord ? »)


(Micro)écrits en urgence

La souffrance est tout à la fois la chose du monde la mieux et la plus mal partagée. La mieux parce qu’elle est universelle. La plus mal, parce qu’elle est personnelle et que, si elle est incontournable pour nous-mêmes, elle reste à prendre en compte pour ses proches, mais par force, par usure, par habitude, quand notre empathie finit par s’émousser tout à fait, elle nous devient presque indifférente pour les inconnus.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, il y a toujours un gros taré pour pousser des hurlements incohérents, s’emporter contre ces « salopes » d’infirmières, et ces « enculés » de médecins « incompétents ». Le plus souvent c’est un garçon doué d’une grande sensibilité, pour ainsi dire empathe, qui sert de réceptacle à toute l’angoisse et l’impuissance des autres patients.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, pour tromper l’ennui, à défaut de tromper la mort, le cancéreux en phase terminale grillait ses dernières cartouches, clope après clope.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, il n’y a pas de mauvais payeurs. Jamais. Tout au plus des pauvres types qui donnent leurs corps à la science.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, pour tromper l’attente interminable, les habitués se jaugent du regard, s’examinent l’air de rien et sans un mot jouent à « devine qui vient mourir ce soir ».


(Micro)écrits en urgence

17h30, l’avant-garde des damnés de la Terre, les premiers clampins arrivent clopin-clopant aux urgences. Traînés par la police ou les pompiers. Glissé dans les escaliers, parce que trop bu, overdose dans un caniveau, délit de sale gueule + la faute à pas de bol = passage à tabac par des connards quelconques. Autant de gens qui auraient mieux fait de ne pas se lever du tout, aujourd’hui, plutôt que d’aller se recoucher sur un brancard.


(Micro)écrits en urgence

UNE JOURNÉE AUX URGENCES. Prise en charge (tardive), prises de sang, d’urine, de lymphe, de moelle osseuse, prise de risque, prise de bec, prise de conscience, méprises, lâcher-prise, surprises, prix iniques.


(Micro)écrits en urgence

Soyons franc, au risque de paraître cynique : les urgences, sources de tant de souffrances, de drames et de tensions sont aussi, pour l’auteur observateur, une formidable source d’inspiration.


(Micro)écrits en urgence

Il avait passé tellement d’examens qu’on pourrait penser qu’il allait sortir de là plein de diplômes lui ouvrant un avenir radieux. Malheureusement, « là » désignait l’hôpital, les examens médicaux étaient loin d’être couronnés de succès et, niveau avenir, les prévisions étaient plutôt abruptes, car il était en phase terminale.


(Micro)écrits en urgence

Contrairement à ce qu’annoncent les statistiques officielles, la cause première de mortalité aux urgences est l’attente (la seconde, officieuse aussi, étant la faim).


(Micro)écrits en urgence

Urgences et attente : deux antonymes qui se retrouvent souvent synonymes.


(Micro)écrits en urgence

Dans cet hôpital psychiatrique, qui pratique encore la lobotomie, le soupçon se fait révélation tardive, lorsque vous vous trouvez sur la table d’opérations : les médecins et infirmiers, avec leurs masques sur leurs visages, n’ont plus que les yeux de visibles, qui ressortent avec intensité de leur tête. Et, alors que la scie électrique commence à retentir, tout près de votre crâne, c’est indéniable : leurs regards sont bien plus déments que ceux des patients enfermés ici.


(Micro)écrits en urgence

L’attente aux urgences est une façon habile et déguisée de forcer les hypocondriaques de tous bords à reconnaître que leur mal est bénin, voire inexistant. Cependant, ces longues heures passées à attendre achèvent plutôt de les convaincre que si les médecins prennent tellement de temps à rendre un diagnostic, c’est que leurs affections sont particulièrement vicieuses, difficiles à détecter et à traiter.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, afin de briser l’indifférence feinte ou réelle des infirmières, certains patients surjouent. À leurs risques et périls, ils recherchent le dosage très précis de chiqué qui leur permettra de ne pas claquer.


(Micro)écrits en urgence

En attendant Godot, docteur qui ne viendra sans doute jamais, se dit le metteur en scène complètement dans les vapes et coincé aux urgences, j’aimerais bien rencontrer ne serait-ce que le médecin malgré lui, pour commencer.


(Micro)écrits en urgence

En attendant Godot n’a pu être conçu et écrit que dans une salle d’attente commune à un hôpital, une CAF et une sous-préfecture.


(Micro)écrits en urgence

N’écoutez pas les mauvaises langues ! Aux urgences, les files d’attente finissent par se réduire. Lentement mais sûrement, vous vous rapprochez du moment où l’on vous prendra enfin en charge, à chaque fois que vous écartez du pied le corps d’un pauvre bougre s’écroulant devant vous, mort d’épuisement.


(Micro)écrits en urgence

Aux urgences, l’attente en rend fou plus d’un, surtout si le patient en question a déjà de la fièvre. La salle d’attente devient alors un hall d’aéroport ou le quai d’un port et il n’est pas rare qu’un des patients ainsi devenu voyageur rejoigne d’autres cieux ou largue définitivement les amarres.


(Micro)écrits en urgence

On parle parfois de rémissions miraculeuses, aux urgences. Certains en sortent guéris sans qu’on leur ait seulement administré le moindre traitement. Une preuve de l’existence de Dieu ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’après des heures et des heures d’attente dans des salles et des couloirs bondés, à ne rien faire, même certains types de virus finissent par mourir d’ennui.


(Micro)écrits en urgence

Beaucoup de patients en viennent à prendre les infirmières pour des anges, du fait de leur douceur, de leur beauté et de leur bonté. Du fait aussi, sans doute, qu’un certain nombre d’entre ceux passés par les urgences, se soient « réveillés » entourés de véritables anges, faute d’avoir été pris en charge à temps.


(Micro)écrits en urgence

Beaucoup fantasment sur les infirmières, se demandant notamment ce qu’elles peuvent porter sous leurs blouses. Pour être resté (trop) longtemps aux urgences, je pense que la réponse habituelle : « rien » n’est pas si éloignée que cela de la vérité, si l’on considère qu’elles sont des incarnations de l’attente qui règne en ces lieux. Je suppose que, si l’on écarte les pans d’une blouse d’infirmière, on se retrouvera piégé par une « vision » vertigineuse, un avant-goût du néant appelé à dévorer la réalité tout entière : une infinité d’heures d’attente tournoyant en un lent mouvement hypnotique.


(Micro)écrits en urgence

Les urgences ? Du sang et des larmes. Beaucoup de larmes. Et pour le côté moins « churchillien » et plus prosaïque, de la pisse, de la merde et du vomi. Avec, comme fumet embaumant le bâtiment en son entier, l’odeur caractéristique et omniprésente de la peur.


(Micro)écrits en urgence / Fantômes et âmes en peine

Il attendait depuis tellement longtemps, espérant un simple regard, une marque d’attention, qu’il était prêt à tout accepter – une erreur de diagnostic, une batterie de tests inutiles, un traitement contre-indiqué. Mais jamais plus personne ne viendrait s’occuper de lui. Et pour cause, il avait déjà eu tout cela, le diagnostic, les examens comme les mauvais médicaments, et il en était mort. Il allait continuer à attendre pour le reste de l’éternité sans jamais savoir ce qui l’avait réellement conduit aux urgences.


(Micro)écrits en urgence

Après quelques heures passées aux urgences, pour tes oreilles épuisées, les gémissements des patients et les grondements de leurs ventres affamés se fondent en un même bourdonnement irritant.


(Micro)écrits en urgence

Les urgences sont une ordalie moderne. Passe l’épreuve de la souffrance, de la faim et du froid éternels, et peut-être mériteras-tu de survivre.


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