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Roupie de cent sonnets

Même si ta voix, ton souvenir s’évanouissent,
Tes pensées m’évitent, ton désir périclite,
Tes baisers s’effritent, tes larmes se délitent,
Je ferai tout pour que nos cœurs s’épanouissent !

Même si tu veux que la dureté t’enfouisse
Afin que sans regret, sans peine tu me quittes,
Qu’à jamais, je devienne à peine un satellite,
Je ferai tout pour qu’enfin la passion t’éblouisse !

Même si tu n’es plus que silence et absence,
Que goût, toucher, vue même me sont défendus,
Je ferai tout pour ne pas te perdre, mon ciel !

Même si tu n’es plus que constante souffrance
Cuisant une âme à l’espérance pendue,
Je ferai tout pour que notre amour soit pluriel !


Roupie de cent sonnets

Une peur panique me prend, me paralyse…
Bien peu peuvent partager pareille épouvante,
Pourtant elle oppresse mon poitrail, éprouvante
Plaie qui presse mes passions, les théâtralisent…

Par mes pleurs désespérés, je te sacralise…
Eux seuls peuvent apitoyer tes eaux mouvantes
Et plonger dans ton puits aux peines émouvantes,
Quand les paroles s’épuisent, se banalisent…

Mais la poésie des pleurs n’offre aucun rempart
Contre le passage éperdu de la planète,
L’impitoyable piétinement du présent…

Ce temps qui s’en prend à ma promise, s’empare
De ses proies, et nous sépare par sa tempête…
Trop apeurés… Tu pars… J’expire en me taisant…


Roupie de cent sonnets

La terre entière me parle de toi sans cesse
Je te perçois dans chaque mouvement céleste,
Le sourire des étoiles, le geste leste
De la brise me frôlant en une caresse.

La pluie me murmure ton nom avec tendresse,
La nuit perdure… Son souffle chaud me déleste
Des cauchemars qui me déchirent, me molestent
L’âme, libère une vision de ma déesse.

Mais aucun augure ne peut te remplacer,
Rien ne peut t’effacer ou soulager ma peine
De te savoir toujours lointaine, parfois triste…

J’aimerais pouvoir t’enlacer sans te lasser,
Délasser ton âme délaissée… Que l’empenne
De ton mal se brise et qu’enfin l’amour existe !


Roupie de cent sonnets

Je t’offre à nouveau un bouquet de mots stériles,
Singeant un dialogue qu’emprisonnent nos bouches,
Visant un cœur qui fuit de peur qu’on ne le touche,
Tâchant en vain de sauver l’amour en péril.

Comment approcher la douceur qui se terre ? Il
N’y a plus rien à faire… Ta distance mouche
Mes poèmes insolents, ton silence, douche
Froide, dit la vanité de mes vers puérils.

Je ne peux plus te parler, ni même t’écrire,
Mes lourds soucis ont trop usés les sons, les lettres,
Je ne parviens plus qu’à pleurer, à gribouiller…

Le feu qui me transporte ne peut se décrire,
Chaque mot s’amenuise, puis s’épuise, traître.
Vois juste l’amour esseulé, le feu mouillé !


Roupie de cent sonnets

Je ne veux pas d’un soleil caché par les nuages,
Qui refuse l’offrande de son officiant,
Préférant flamboyer d’un éclat déficient,
Fier, jusqu’à la fin fatidique des présages.

Je ne veux point d’un éclair noyé par l’orage,
À la naissance éblouissante initiant
Déjà le retour aux ténèbres, s’émaciant,
Évanescent, sans plus de forces qu’un mirage.

Je ne veux plus d’une luciole au feu terni,
Étouffant cette lumière qui l’anime,
L’arrime encore aux joies simples de ses semblables.

Mais qui s’en soucie donc ? Mes vers polis, vernis,
S’échouent dans de sourdes oreilles et s’abîment
Sur les récifs enserrant ton cœur désirable.


Roupie de cent sonnets

Bien souvent, je te rends de mon corps prisonnière…
Mes bras joints forment les barreaux qui te retiennent…
Pour lucarne, ces pupilles que je veux tiennes…
Pour murs, ce poitrail où palpite un feu si fier…

Tu prends mes pensées au creux de ta main princière,
Leur insuffles les obsessions qui les maintiennent
En vie, blasphèmes de la Création chrétienne…
Car tu es pour elles la lumière première !

Chacun, enfin, feint l’indifférence, mesquin,
Chacun, effrayé, fuit l’affreux enfermement,
Chacun à sa façon finit captif de l’autre.

Nos gestes d’amant bariolent d’arlequin
Nos âmes grises, interdisent fermement
Les interdits, l’égoïsme trop souvent nôtres !


Roupie de cent sonnets

La nuit s’écoule, si lente, si silencieuse,
Seuls quelques bruits familiers… Motos et voitures,
Fêtards, couche-tard… Les voisins se claquemurent…
J’entre dans mes heures heureuses, pernicieuses.

Les minutes boitent, s’envolent, capricieuses,
Suivent de mon cœur envoûté la vive allure,
De mes pensées essoufflées la marche peu sûre,
Et creusent sur mon corps las des rides soucieuses.

Je pénètre dans les ténèbres effrayantes,
Qui exhibent tous les cauchemars que je fuis
En restant éveillé… Mon destin se dénude…

Quand tout s’éteint, je distingue ton attrayante
Flamme, ma luciole, qui sur ma feuille luit…
J’écris de nos passions, plein d’espoir, le prélude.


Roupie de cent sonnets

Même à distance, ta souffrance me déchire,
Comme un dard invisible, une ronce cachée,
Une dague traîtresse, un carreau lâché
Dans mon flanc, remontant vers un cœur qui soupire…

Expire, ne peut supporter de voir périr,
Impuissant, sa moitié par la peine entachée,
Blessée injustement par un destin fâché,
Fardeau cruel, sans appel, prêt à tout pourrir.

Soigne donc ton cœur, que le mien trouve repos,
Que notre sang partagé ne soit point détresse
Ou larme écarlate, présage du déclin,

Mais serment passionné… Que les plaies fuient ta peau,
Que la tristesse périsse par l’allégresse,
La liesse, le doux baume de nos câlins.


Roupie de cent sonnets

Comment pourrais-je connaître mon égérie ?
Elle vit avec les dieux, sur les pics enneigés,
Loin de son servant par la détresse piégé,
Harassé par les ans, qui doucement périt…

Quand elle vient enfin, quand sa main me guérit,
Animant mon être vidé d’un feu léger
Je demeure coi, par tant d’émoi assiégé.
propos, poème à ses pieds s’échouent en série…

Après son envol, je pense aux quelques mots dits
Et à ces quelques vers qui ne sont pas perdus,
Qui ont su chanter mon amour, sa pureté.

Je rêve alors à la mort de ce temps maudit,
De ces sommets lointains, de ce silence ardu,
Qui marquent mes limites avec dureté !


Roupie de cent sonnets

Murmure à mon oreille ces mots qui s’émiettent,
Trempés par des larmes trop longtemps retenues,
Vieux, à la méfiance trop entretenue,
Dès lors qu’ils quittent cette secrète cachette !

Dis la vanité de cet amour de paillette
Aux gestes tendres vides de vie devenus,
La maladresse insupportable et malvenue,
Nos regards incertains… Jouant à la roulette…

Crie pour que ne s’enfouisse point l’amertume
En ton âme, cruel blâme que tu t’infliges,
Ma frêle luciole, mon phare inaccessible.

Hurle et sauve ton cœur qui, résigné, s’inhume
Préférant la mort aux sentiments qui affligent
Et aux monuments que j’érige, immarcescibles !


Roupie de cent sonnets

Ma passion s’acharne en une guerre sans trêve,
Elle harcèle tes positions sans relâche,
Malgré moi, t’assaille avec les coups les plus lâches,
Ne t’accordant point de distractions, même brèves !

Ma passion décharne mon corps, détruit mes rêves
Crevant mon sommeil pour que toujours je cravache
Mes troupes épuisées, couronne les bravaches,
Alors que je voudrais la douceur pour relève.

Ma passion conduit mes bataillons à leur perte,
Les généraux réclament déjà le repli…
Avant ma fin… Ou la fin de tes sentiments…

Ma passion éconduit tendresse, attente expertes
En diplomatie, la folle ambition l’emplit…
Je m’éteins lentement, enfant vidé, dément…


Roupie de cent sonnets

Ta lame froide m’a déchiré le poitrail !
Le pourpre sang se répand, jamais ne s’épanche
Mais s’échappe… Sachant que jamais ne se penche
Sur mon sort mon amante, la mort me mitraille.

Rouge s’écaillant, fer fouaillant mes entrailles…
Tes tortures n’appellent aucune revanche,
Car loin de tout tort, ton aura scintille, blanche,
Et sa lumière orne de mon cœur le vitrail.

Agonie, adoration… Absence, silence,
Indifférence restent tes seules réponses…
La nuit que tu as fui m’avale, me disloque.

Passion vermeille et pureté lactée s’élancent
Vers l’arbre de vie, s’échouent dans ton mur de ronces…
L’amour en vers suit toujours son vain soliloque !


Roupie de cent sonnets

Comment atteindre ma dame mystérieuse ?
Sans cesse, j’échafaude une échelle sans fin,
Pour qu’un jour, ses barreaux de vers m’ouvrent enfin
La voie céleste vers sa demeure radieuse.

Comment séduire ma dame capricieuse ?
Mes poèmes, baisers lyriques de ma faim
Dévorante, relèvent le léger parfum
De mes roses pourpres, de mes lèvres rieuses.

La poésie est de ma muse l’hydromel,
Douce pluie d’or qui féconde mon feu sacré,
Inonde en retour ses yeux d’un émoi sincère.

La poésie est pour mon amour éternel
La constante caresse de tes doigts nacrés,
Le rêve vif qui dans le souvenir s’insère.


Roupie de cent sonnets

PARADOXES

Ton contentement réside dans mon supplice,
Mon délice exquis fait naître ton malaise.
Tu me voudrais loin… Entre nous, une falaise !
Je te voudrais si près… Écoutant ma malice !

Ton absence effrite ce gouffre où je glisse,
Mon départ te libère de mon corps de glaise.
Tu quittes ma terre avant que je te déplaises,
Je pleure au souvenir de ton brûlant calice.

Mon feu crépite à ta vue… Sur une simple pensée…
Tes flammes vacillent, étouffées par le doute.
Les larmes laissent le même sel sur nos joues,

Pourtant… nous agissons souvent en fiancés…
Nos oreilles, puits à secrets, coûte que coûte,
Sont à l’écoute, le mal de nos cœurs déjouent !


Roupie de cent sonnets

Je marche en aveugle sur le fil aiguisé
Du rasoir, trop conscient du châtiment suprême
Qui m’écorche les pieds, trop confiant en moi-même,
Croyant pouvoir vivre sans un cœur déguisé,

Sans une âme travestie, sèche, dégrisée,
Inconscient de mes phrases blessant à l’extrême,
Ces quelques mots de trop sonnant mon requiem,
Faisant de ton gauche amant l’homme à mépriser.

Comment seulement combler ton cœur parfait d’ange,
Lorsque l’on s’avère incapable de trouver
Les gestes justes, les paroles convenables ?

Comment donc te faire quitter de l’amour la frange
Alors que constamment doivent être prouvées
Sincérité et patience… insoutenable ?


Roupie de cents sonnets

Je n’accepte plus désormais d’être esclave
Du temps fuyant, du fourbe espace, du langage,
Pauvre, aliénant mais sage, trop peu sauvage…
Des pluies acides sur mon cœur, qui le délavent.

Mes parties éparses réunies en conclave
Se rebellent et ébauchent leur sauvetage
Contre l’injuste loi qui les tient en otage,
En créant dans ce monde dément une enclave.

Crions dans cet Eden d’amants notre bonheur,
Dans cette langue où les mots sont des émotions…
Ton pouls dicte le temps, indique le foyer.

Pour toujours, près de toi, en silence, l’honneur,
L’humanité restaurés, seule ma passion
M’enchaîne encore… À celle que j’ai tant choyée !


Roupie de cent sonnets

Pourquoi m’aimer ? Je n’ai qu’une âme blême, amère,
Aux teintes fanées comme aux saveurs effacées,
Un esprit pris par les soucis et dépassé
Par la vie, frêle esquif perdu en pleine mer.

Je n’ai qu’un corps quelconque, la chair de ma mère,
De mon père, aux muscles las, au dos cassé,
A la peau abîmée et aux yeux harassés,
Brûlés par les feux du soleil qui les charmèrent.

Mais j’ai toujours au fond de mon cœur une auberge
Ouverte pour accueillir tes chagrins secrets,
Comme pour festoyer avec tes rires clairs.

J’ai toujours une épaule pour servir de berge
Aux flots de tes larmes… Un sourire de craie
Pour soigner tes plaies, et une oreille de clerc.


Roupies de cent sonnets

Saisir l’instant présent, figer enfin le temps,
Couler la couleur, l’odeur du bonheur dans l’ambre
De nos larmes amantes… Déchirer des membres
De la routine la carte, être un battant !

Être et ne jamais agir, rester consistant,
Constant, prêt à frapper comme l’arc qui se cambre,
Sans se disloquer, tel le pantin qu’on démembre,
Boucher le gisement de ce temps qui ment tant !

Echapper aux déboires de notre mémoire,
Etouffer, tuer entre nos deux corps serrés,
L’insidieux ennemi à la marche implacable.

Faire mentir la vieillesse de tous nos soirs
Solitaires, de nos deux âmes lacérées
Par le passé enfui, par l’avenir instable.


Roupie de cent sonnets

Maladresse, de ma main touchante maîtresse,
Atout certain pour travestir les sentiments,
Ou dire la confusion de ton amant ?
Joie, terreur, étrange brassage de l’ivresse…

Maladresse, de mes mots cruelle traîtresse,
Imposant la page blanche pour châtiment,
Et la mort sur le palais, le balbutiement.
Dans mon esprit épris, mille pensées se pressent…

Les mots s’étiolent, mon étoile… Luciole…
Mes phrases folles s’écrasent, sans fard, sans phare,
Troublées, éblouies par ton feu, yeux flamboyants.

Luciole, verse-moi l’élixir de ta fiole,
A part si tu préfères des vers sans fanfare,
Les mots bêtes et bruyants d’un chien aboyant.


Roupie de cent sonnets

Luciole, ne t’éteins pas en un souvenir,
Enfumé par les brumes cruelles des jours,
Soufflé par la tourmente du sombre séjour,
Étouffé par les cauchemars en devenir !

Luciole, ne t’éteins pas dans un avenir,
Lointain, incertain, destin repoussé toujours
Dans les limbes de poussière où les bonjour,
Sans beaux jours, s’échouent, sans espoir de revenir !

Luciole, illumine enfin notre présent,
Salamandre, allume mon feu, ouvre les portes
De la perception, du fou désir qui m’enivre…

Luciole, libère le temps, brûle les ans,
Le monstre de mort rampant… Et, enfin, apporte
Sur l’autel tes terreurs, crée la rage de vivre !


Roupie de cent sonnets

Étoiles mortes… La nuit verse sa noirceur…
Ma vue éteinte ne veut plus dire les choses,
Contours estompés… Plus de raisons ni de causes,
Ténèbres apaisantes, voile de douceur.

Le bruit se perd, l’écho s’éparpille, farceur,
Frôlant le lobe, où, sans entrer, il se sclérose,
Mourant… Ou comme le mime garde la pose,
Aussi muet qu’un imperturbable penseur.

Gens, voitures, rues, trains, maisons… Sans consistance…
Ma main transperce le monde… Rien ne la touche…
L’odeur de l’eau s’immisce, imprègne pierre et chair.

Aveugle, sourd, privé de sens… Ma subsistance
Unique, si précieuse, le goût de ta bouche,
Écrit sur mes lèvres ce qui m’est le plus cher !


Roupie de cent sonnets

Qui pourra lire enfin le journal de mon âme ?
Reconnaîtras-tu ces étranges caractères
Contant de mes amours, vie et mort les mystères ?
Sera-ce toi, celle qu’en vain j’acclame… réclame ?

Tous mes rêves de cœur qui s’enflamment… s’affament
Pour d’absurdes amours que le réel enterre,
Ce retour forcé au présent froid et austère
Qui m’interdit à jamais la main de ma dame…

Et tous mes rêves de vie, que mes lèvres n’osent
Déjà plus prononcer, pour ne pas t’apeurer,
Ces bonheurs qu’on voudrait pour l’autre et qu’il rejette.

Tous mes rêves de mort que l’amour teint en rose,
Brûlant ces graines noires ayant demeuré
Dans ma poitrine, avant qu’elle soit ta sujette !


Roupie de cent sonnets

HIER, J’AI ENTERRÉ MON CŒUR D’ENFANT

Hier, ma lumière a été enterrée,
Ensevelie sous les mots, sous la lassitude…
Commence dès lors pour moi la décrépitude.
Ma ferveur s’efface, me laissant atterré…

Pour donner vie à cette passion éthérée,
Il fallait qu’alors je change mon attitude,
Et accepte de t’aimer dans la solitude,
Avec ma poignée de rêves oblitérés !

Je préfère incendier cet amour éperdu,
Et étouffer enfin mon cœur d’enfant allègre,
Puis – ces rêves, amour et cœur – les inhumer !

J’égrène à regret désormais le temps perdu…
Je reconnais aussi, étant l’homme à l’âme aigre,
Pour ce qu’elles sont, mes illusions embrumées.


Roupie de cent sonnets

Juge, décide mon sort, tranche le destin :
Et que finisse enfin cet amour platonique,
Oui… Retire-moi ou sers donc le plat unique
Que mes yeux seuls ont goûté, étrange festin,

Si riche en promesse et pourtant si lointain…
Que ton bras disperse enfin cette attente inique,
Détermine de mon triste regard cynique
La justesse… Rend sa liberté au pantin !

Espérance, angoisse, extase me font trembler
À l’approche de l’heure de mon jugement,
Mais, la tête haute, j’accepterai l’arrêt…

Exil sans retour ou peine d’amour, d’emblée
J’exécuterai moi-même, sans ornement,
Ta sentence, le prix pour toi de mon attrait


Roupie de cent sonnets

Je crois pouvoir lire tes peurs les plus profondes :
Tu sais trop que la passion n’est pas qu’extase,
Elle blesse, agrippe le cœur aimant et l’embrase
Jusqu’à ce qu’en pluie ses cendres couvrent le monde.

Sous ce champ si funeste, les braises abondent,
De ta folle ardeur, elles viennent former la base,
Oubliant tous les autres le nez dans la vase,
Elles se consacrent à un seul être, et le sondent

Tant, qu’il se sent comme dénudé et s’enfuit…
Las, tu ne peux plus vivre que de souvenirs
Car cette obsession t’a privé de sa présence.

Tout cela, je l’ai vu avec toi, ton ennui,
Ton embarras trahissaient trop notre avenir :
Tu ne voulais point pour toi semblable souffrance


Roupie de cent sonnets

Mon plaisir s’éparpille enfin de par les plages,
Il galope au creux des vals et court sur les plaines
Ensoleillées, riant à la mort de mes peines
Passées, oublieux du vieux temps des ravages.

Mes larmes de sang m’ont échappé en des âges
Révolus, aux tremblantes ténèbres d’ébène…
Il fallut que ma peine devienne tienne
Pour que j’en vienne à soigner ces plaies sauvages.

Mon cœur aimant refuse ton inquiétude
Ma passion ne doit pas être ton supplice,
Mais laisser sur tes lèvres du miel la douceur…

Car dès que j’eus soumis mon âme à l’étude
Je sentis que, même lointaine, ton délice
M’éblouirait toujours, luciole de mon cœur !


Roupie de cent sonnets

Las ! Il fut un jour où j’eus un peu de ta grâce,
Hardi, j’arpentais la terre comme les cieux,
Et sûr de ton amour jamais n’étais soucieux,
En ces temps-là, ton œil brillait, l’herbe était grasse…

Pourtant, à trop vouloir m’approcher de la place
Ardente où l’univers cachait son essieu,
Ma peau se flétrit, mes yeux devinrent chassieux,
Et mes deux ailes fondirent, fragile glace.

Je ne peux plus désormais, libre, m’élancer
Vers ton cœur, vers l’éblouissante lumière,
Je reste seul, cloué au sol, vulgaire insecte.

D’autres, je le crains bien, viendront me devancer.
Dès lors, tu ne sauras que faire des prières
De ta créature devenue si abjecte…


Roupie de cent sonnets

Souffrances, espérance, errance et déchéance :
Ce tourbillon cruel de l’absurde passion
M’arrache, nu, sanglotant, loin de la nation
Des hommes paisibles et plein d’insouciance…

Frêle marionnette de chair, sans défense,
Je vis entre tes doigts, selon ton impulsion.
Sur le point de périr à la moindre pression,
Tu suspens le voile de mort par ta clémence.

Cette survie en aveugle aura enterré
Mes jours heureux sous les coups d’un ardent fouet,
Et jeté à ma joie un amer anathème…

Quand ton poing s’ouvrira-t-il pour me libérer ?
Quand tes yeux admireront-ils l’ancien jouet ?
Quand ton cœur saura-t-il enfin l’homme qui t’aime ?


Roupie de cent sonnets

Retournons, ma belle, ensemble à l’aube du monde
En ces temps où n’existaient point les différences,
L’inclémence, les souffrances et l’obédience
Envers tous ces vils seigneurs vêtus de faconde…

De cent mille feux sur cette terre féconde,
Scintillait alors, par Prométhée en errance,
Dérobée au Dieu des Dieux, cette flamme immense,
Phare pour les hommes à des lieux à la ronde !

C’était bien avant que ne naissent les mensonges,
Avant qu’affreusement l’esprit ne se déchire
En un sanglot, et le corps en un craquement…

Tous ces songes d’antan où je plonge me rongent…
Un vestige de cette ancienne flamme expire,
Espère, s’élevant vers sa sœur, t’implorant.


Roupie de cent sonnets

Aujourd’hui, j’ai perdu ma beauté angélique…
Ce cœur de feu à l’unisson de l’univers
A dû quitter à regret les cieux et ses pairs
Pour vivre des hommes la destinée tragique.

Tendue vers le lointain azur, cette supplique
S’arrache péniblement de ma pauvre chair
De glaise, suffoque à l’approche de l’éther…
Mon ancien royaume n’est plus qu’une relique…

Loin de lui, mes yeux ne rendent qu’un éclat terne,
Sans le rempart de mes ailes éclot la fleur
De mort en moi, en un bouton empoisonné.

Voudrais-tu donc m’offrir ton paradis interne,
Soigner de mon âme la pâleur et les pleurs,
Qu’on fasse de l’absurde un monde raisonné ?


Roupie de cent sonnets

Chaque poème troue la nuit de mon chagrin
Chaque vers est une déclaration d’amour
Chaque mot s’élève en un cri contre les sourds
Chaque syllabe de ma joue est un embrun

Tristesse et allégresse entrecroisées
En une même tresse, douleur et bonheur
En un même bouquet de ronces et de fleurs…
Tous, ils partagent la route de ton croisé

Dans un seul être, souffrance comme espérance
S’agitent, déchirant les fragiles parois
Du gite, tour à tour exalté, sanglotant

Comment donc ai-je pu quitter l’état d’innocence,
La grâce qui fait de tous les enfants des rois ?
Que n’ai-je croisé ton sourire désarmant !


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