Archives de Catégorie: 08 La vérité est ici

La vérité est ici

Ici, 30 avril 2002
La mort est douce, disait Scully à Mulder.
Nous ne sommes pas des gens qui mourrons, disait Mulder à Scully.
Pourtant, autour de nous, ça tombe comme des mouches. C’est comme si l’ange gardien qui nous protège se paie avec les vies de nos proches, disait Scully à Mulder.
J’ai bien peur que nous ayons du mal à mettre un terme à cet enchaînement de drames, de trahisons, de frustrations, de regrets et de souffrance, disait Mulder à Scully.
N’aies crainte, tout cela n’est qu’une mauvaise série, disait Scully à Mulder.
Malheureusement pour nous, non, disait Mulder à Scully.


La vérité est ici

Skyland Mountain, 29 avril 1994
Duane Barry les a vus. Duane Barry dit que c’est pas vraiment ses potes mais que quand même on en dit beaucoup de mal sans vraiment les connaître. Duane Barry dit que FBI Mulder c’est un putain d’enfoiré qui leur fait une sacrée mauvaise pub tout ça parce qu’ils lui ont piqué sa sœur que même qu’il pouvait pas la blairer sa sœur mais ça il le dit pas. Duane Barry il veut attraper la fille FBI cheveux de feu, parce que les voix elles disent que FBI cheveux de feu c’est une super pondeuse, qu’elle va leur donner plein d’antéchrists hybrides, et puis en plus ils ont besoin de quelqu’un de débrouillard pour nettoyer leur soucoupe volante chaque fois que les gars et les filles qu’ils embarquent vomissent partout (eux, ils ont pas encore inventé la serpillère). Duane Barry il va faire ce qu’elles lui disent, les voix, because après elles vont se taire, et il pourra retrouver sa chambre pleine de lumière avec des belles ombres et des bons médicaments, pas comme ceux dans la chambre blanche avec des murs en couette de plume d’oie. Duane Barry va retourner au pays du bonheur tranquille parce que les petits hommes en gris sont plus cools que les gros hommes en blanc et il se fera plus courir après par les grands hommes en noir. Duane Barry il va montrer à FBI cheveux de feu comme c’est bon d’être chez un dentiste qui prend tout ton corps pour une rangée de chicots et qui te colle des bridges dans le bide des plombages dans le nez des couronnes dans les nibards, même si Duane Barry aime pas trop la roulette qui rentre dans la tête. Et plus jamais Duane Barry passera devant une caisse de supermarché et que son prix il s’affichera sur la caisse rapport au code barre qu’on lui a collé dans la tête et que c’est lourd d’avoir à payer pour soi-même comme si on devait s’acheter à chaque fois (et ça commencer à coûter cher à Duane Barry). Bref, Duane Barry, c’est quelqu’un qui va vous la montrer la vérité, puisque vous cherchez toujours au mauvais endroit. Parce que Duane Barry les as vus, et c’est pour ça qu’il est un mec cool. Et en plus c’est lui qui tient le Colt.


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Journal de Mulder, 28 avril 1993
Si le petit-gris est furtif, le nouveau type d’extraterrestre que je viens de rencontrer, et que je nommerai le chasseur de prime, ne s’encombre pas de discrétion. Il faut dire qu’il change d’apparence à volonté, ce qui va pas aider pour lui mettre la paluche dessus. Toutefois (et c’est bon à savoir), il apparaît dans sa forme primaire sous les traits d’un Schwarzenegger de petite semaine (avec un air encore plus benêt). Ce qui n’est pas des plus discrets, reconnaissons-le, mais comparativement à une bestiole d’un mètre vingt, grise, avec des yeux de lémuriens, la peau et le crâne glabres, les membres noueux et longs comme des tentacules en coton-tige, c’est sacrément passe-partout. Unique façon de les percer à jour : leur trouer  le lard. Ils ont le sang vert, excessivement toxique (prévoir un masque et un tuba). À croire qu’ils ont gobé la petite Regan Theresa et qu’ils ne sont finalement que des pauvres bougres possédés par des démons. Ce qui m’obligerait à reprendre le dossier extraterrestres à zéro (Les petit-gris pourraient-ils n’être que des fils de Satan, des enfants de Rosemary ?). Essayer le crucifix. Penser à prendre un prêtre comme stagiaire. Même si Scully va encore gueuler.


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Glaglaland, pas mal au-dessus du Cercle Arctique, 27 avril 2001
Le sous-marin vient de percer l’épaisse couche de glace de la calotte arctique. Mulder, qui l’a emprunté à la Navy en promettant de le ramener sans niquer le pare-chocs avant, bondit de la tourelle et pique un sprint sur la banquise. Scully se demande si c’est bien raisonnable. Il aurait quand même pu enfiler une doudoune. Il va chopper la mort, et elle va encore passer son week-end à lui faire des grogs. Mulder pousse soudainement un hurlement victorieux. Il vient de plaquer un pingouin au sol. Scully ! beugle-t-il, j’en ai un ! Scully lui répond que, oui, elle voit ça. Mais qu’elle ne comprend pas pourquoi ils ont fait tout ce chemin pour un pingouin. Il y en a au zoo, des pingouins. Pas des comme ça, répond Mulder. Pas des comme ça ? Il a quoi de plus celui-là ? demande Scully en tentant de hausser les épaules qui bougent pas beaucoup vu qu’elles sont un peu congelées. Tu vois pas ? Franchement non. Putain Scully, fais un effort ! Ça saute aux yeux pourtant. Non, Mulder, je vois vraiment pas, j’ai de la neige sur les lunettes. Et puis je peux plus trop parler, je commence à avoir les lèvres gercées, j’ai pas emmené mon stick. Tu fais chier Scully, t’es vraiment trop rationnelle ! Je rentre à pinces . Déconne pas Mulder, va pas t’glacer les burnes, un p’tit-gris de perdu, c’est dix Skinner qui r’viennent… Remonte dans le sous-marin ! Nan !


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Martha’s Vineyard, 26 avril 2001
Séance d’hypnose régressive 01
Mulder a douze ans. Sa sœur Samantha est enlevée par les extraterrestres.
Séance d’hypnose régressive 02
Mulder a cinq ans. Son chien Rex est enlevé par les nazis du Pôle Sud.
Séance d’hypnose régressive 03
Mulder a un an. Flagobert, son ours en peluche préféré, est enlevé par le chanteur de Manowar et sacrifié dans une forêt finlandaise lors d’un concert de black metal (avec le chanteur de Manowar, mais ça c’est quand même normal).
Séance d’hypnose régressive 04
Mulder a trente-trois ans dans une vie antérieure. Sa troupe de fidèles nains de combat est enlevée par le dragon Spliff qui les fume un à un après les avoir roulés dans des feuilles de bananiers.
Séance d’hypnose régressive 05
Mulder a vingt-six ans dans une vie antérieurement antérieure. La douce Frédégonde, qu’il aime et qu’il va épouser au premier jour du printemps, est enlevée par des wisigoths qui la cède à Nyarlathotep en échange de la recette de la dinde aux fayots, ce qui est très bête, les wisigoths n’ayant pas la moindre idée de ce qu’est la dinde, ni les fayots non plus. Mais bon, ça fait classe.
Séance d’hypnose régressive 06
Mulder a vingt-deux ans dans une vie antérieure antérieurement antérieure. Il s’endort après long combat avec tigre à dents de sabre. À son réveil, il s’aperçoit que fourrure de bête disparue. Et crocs qui allaient avec. Et coutelas aussi. Et même provisions de noisettes paléolithiques. Et slip en peau de latex à dents de plastoc aussi. Il y a mot gravé dans pierre près de dessins de mammouths sur murs : « Marre tourner autour pot. Moi me barrer avec Prehistorik Monik. Elle connaître puissance de l’amour. Et coucher avant dix saisons. Signé : Prehistorik Scully. » Mulder pester. Tout le monde abandonner Mulder. C’est pas une vie, même antérieure.


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Quelque part dans le Montana, 25 avril 2003
Depuis des années, Mulder recherche le village des schtroumpfs. Il parcourt les forêts du Montana vêtu de sa robe de bure noire et de ses chaussures rouges, et peaufine jour après jour sa maîtrise de la langue schtroumpf. Sans aucune réussite jusqu’à présent. Il commence même à en perdre ses cheveux. Mais il ne désespère pas. Il les trouvera. Et ce n’est pas Scully, dans son déguisement de chat de gouttière, qui soutiendra le contraire.
Depuis des années, Mulder recherche le village des schtroumpfs. Il sait qu’ils détiennent la vérité. Et, à défaut, il pourra toujours les embrocher et les bouffer grillés comme des shamallows.


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Washington, 24 avril 1998
Voilà autre chose, s’exclame Mulder, alors qu’il vient d’attraper un véritable génie (ses babouches l’ont trahi).
— Hé Mulder, t’as le droit à trois vœux !
— Un, tu te transformes en Channel 5, deux, tu rentres dans ton flacon, trois, tu te mets à attirer tous les farfadets lubriques de la terre une heure après avoir été pulvérisé.
— C’est une plaisanterie ?
— Ta gueule. Obéis !
Cinq minutes plus tard.
— Scully, j’ai cadeau pour toi. Pour te remercier de la bague que j’arrive plus à retirer de mon annulaire.


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Washington, 23 avril 2000
Mulder déprime. Il est affalé dans son fauteuil, les pieds posés sur son bureau, fixant d’un regard vide le plafond hérissé de crayons de papier. Je suis un boulet, se dit-il, je porte la poisse. Samatha et Scully ont été enlevées par les extraterrestres, Gorge Profonde et X sont morts, l’homme à la cigarette a encore décroché de son programme de sevrage de clope, Skinner perd ses cheveux. D’ailleurs, ce dernier vient d’entrer dans la pièce, l’air passablement inquiet.
— Mulder, on a une épidémie zombie à Poughestown, Alabama.
— Bah, vous leur coupez la tête. Ça va les calmer.
Deux heures plus tard.
— Mulder, on a un autre problème. L’épidémie se propage. Les poulets ont été infectés. On leur a coupé la a tête. Ils continuent à avancer. C’est horrible !
Mulder se lève. Il va encore falloir qu’il aille sauver le monde. Et tout ça pour quoi… Il se le demande bien.


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Washington, 22 avril 1998
Un peu d’humour n’a jamais fait de mal. Ainsi Scully qui vient de déposer sur le bureau de Mulder l’Anneau des Nibelung, avec un petit mot charmant : épouse-moi, il ne t’arrivera que des bonnes choses.


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Jerusalem, 21 avril 2000
Mulder, dans les anciennes catacombes de la Cité Sainte, vient de faire une découverte qui va changer le monde. Le tombeau du Christ. Toutefois, ce n’est pas cela qui attire le plus son attention. Il y a, sur la tombe, un bas-relief de la Cène. On y voit très distinctement le douzième apôtre. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à Alex Krycek. Ça ne l’étonne qu’à moitié (ce qui est déjà pas mal, vu que plus rien n’étonne Mulder).


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Ailleurs, 20 avril 1999
Il a fallu à Mulder et Scully des années de recherche pour découvrir où se trouvait Ailleurs. Mais leur perspicacité a payé. Ils sont Ailleurs. Et la vérité n’attend plus qu’ils la saisissent.
— Enfin, nous avons trouvé.
— Oui, la vérité est ailleurs.
— Tu veux dire qu’elle est ici !
— Ah merde, elle vient encore de nous échapper.


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Roswell, 19 avril 1994
Mulder a réussi à s’introduire dans la base secrète de Roswell. Depuis trois jours, il fouille avec minutie les hangars, les entrepôts, les bureaux. Rien, toujours rien. Pas la moindre présence extraterrestre, pas le plus dérisoire indice… Il fait un dernier tour, toujours aussi discret qu’un loir, s’arrête devant un bâtiment d’où émane une musique exceptionnellement étrange. Non. Juste un bar… Il s’est fourvoyé, il n’y a rien pour lui à Roswell. Il se dirige d’un pas dépité vers le grillage sécurisé où il avait ouvert une brèche il y a trois jours, laissant s’effacer dans la nuit, derrière lui, les lumières tremblotantes du Cantina Bar.


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Nouveau-Mexique, 18 avril 1996
Toi, disait Mulder au petit-gris qu’il venait de chopper dans une carcasse de soucoupe volante, tu vas révéler au monde ta véritable nature. J’ai du savon, un gant de crin, même une brosse métallique. À force de frotter, je vais prouver que tu n’es rien d’autre qu’un petit homme vert.


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Washington, 17 avril 2002
Mulder est las. Il rêve d’une autre vie. Un monde normal, sans extraterrestres, sans anges ni démons, sans phénomènes de foire au goût prononcé pour le sang, sans sectes qui carburent au véritable paranormal. Un bon petit monde, tranquille, avec ses tueurs en série, ses Adolf Hitler, ses David Koresh.


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Saint-Denis, 16 avril 1998
C’est avec émotion que Mulder peut annoncer la descendance carolingienne de Big Foot. Arbre généalogique à l’appui, il s’apprête à révéler au monde que son lointain ancêtre n’était autre que Berthe au Grand Pied.


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Petraoushnok, Nebraska, 15 avril 1995
— Deux possibilités, dit Mulder. Soit il vient de Transylvanie, soit il vient de la Nouvelle-Orléans.
— Et on sait ça comment ?
— S’il joue de la trompette, c’est de la Nouvelle-Orléans. Si c’est de la clarinette, il vient de Transylvanie.
Scully ouvre le dossier, tourne quelques feuilles.
— Je crois qu’on fait fausse route. Le type jouait du cor.
— Alors, il vient du New Jersey.
— Y a aussi des vampires dans le New Jersey ?
— Non, des diables.
— Là, Mulder, excuse-moi de te le dire, mais je suis larguée.
— Scully… Suis un peu. Dans l’orchestre, on a toujours le diable au cor.


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Washington, 14 avril 2000, bureau des affaires non-classées.
Dana Scully débarque dans le bureau de Fox Mulder, le brushing en bataille, le tailleur quand même pas mal froissé.
— Fox nous avons une grande nouvelle ! Ta sœur Samantha a bien été enlevée par des extraterrestres ! Les mêmes qui t’ont enlevé !
— Elle est vivante ?
— Pas vraiment… Mais vos ravisseurs ont laissé une… un… cadeau ?
— Ah ?
— Tu te souviens de leurs expériences génétiques ?
— Bien sûr. Bien sûr. Abrège. Qu’est-ce qu’ils ont laissé ?
Scully fait une petite grimace, se balance de gauche à droite, puis se retourne vers la porte d’entrée.
— Venez, entrez.
Une blondasse décolorée avec l’équivalent d’un pot de peinture écarlate sur chaque lèvre et une poitrine à faire pâlir deux pastèques s’avance, laissant un large sourire très idiot tendre son visage lissé par le fond de teint.
— Ces salauds ont créé des hybrides, tu le sais. Je te présente Samantha Fox Mulder.


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Iles de Pâques, 13 avril 1998
Mulder est sur la piste du lapin de Pâques. Scully s’agace. Les extraterrestres, les anges, les sectes qui voyagent dans le temps, les diables, les vers de terre humains, oui, mais le lapin de Pâques, faudrait quand même pas pousser. Oui mais alors, qui c’est qui a foutu plein d’œufs en chocolat dans mon jardin, s’exclame Mulder. La poule aux œufs de chocolat, bien sûr (quelle question…).


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Marseille, quartier du Vieux-Pané, 12 avril 1997
— Bonjour, je suis Jean-Pierre Mulder, votre équivalent dans l’équivalent de votre FBI.
— Vous travaillez aux affaires non-classées françaises ?
— Aux affaires tout court. Pas nécessaire d’être pléonastique. Je suis un ancien des impôts locaux. Ma pugnacité et ma complète absence d’organisation ont fait de moi l’homme désigné pour l’emploi.
— Parfait. Donc, vos preuves que le gouvernement sait, nous cache tout, prépare l’invasion et s’est réservé une petite place au soleil en échange de sa collaboration.
— Ça !
— C’est une bouteille…
— Non, c’est une preuve. Le 51. Comme pour votre Zone. Ce ne peut être une coïncidence. L’invasion est pour demain.


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Washington, 11 avril 1995, bureau du directeur adjoint Skinner.
— Alors, mon petit Mulder. Tu nous as dégotté quoi comme affaires bien non-classables ce mois-ci ?
— Un complot interplanétaire, l’arche d’alliance dans un garde-meuble du Delaware, les enfants de la Belle au Bois Dormant, les pantoufles de Jésus dans le Wall-Mart de la 35ème avenue, des golems de sel à Bonneville, le diable du New Jersey, le vampire de Düsseldorf, le loup-garou de Tataouine-le-Bains, les…
— C’est bon, c’est bon… Je mets ça dans mon rapport. Ça suffira largement à justifier le budget LSD du bureau des affaires non-classées.


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Désert de Sonora, Arizona, 10 avril 2000
Le shaman a dit à Mulder que la fin du monde était proche. Mais que s’il arrivait à mettre assez de pièces d’un dollar dans la machine à faire durer le temps, il y en aurait encore pour une dizaine d’épisodes. Mulder a pas trop compris l’allusion. C’est chiant les shamans, c’est comme les oracles. Ça parle en énigmes imbitables. Bon, ça fait tenir la série jusqu’à ce que les scénaristes comprennent ce qu’ils ont voulu dire. Mais parfois, quand ils sont à court de coke, ça fait des histoires plutôt pourries. Merde, je crois que je suis à court de coke.


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Dijon, 09 avril 2001
Scully : T’es bien sûr, Mulder. J’ai quand même pas l’impression qu’on soit dans un lieu de forte activité extraterrestre.
Mulder : J’ai des renseignements. Et mes sources sont fiables. Ça pullule de petit-gris dans la région.


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Washington, 08 avril 1993
Scully arrive dans le bureau de Mulder. C’est un bordel sans nom. Dossiers épars répandus aux quatre coins de la pièce, murs recouverts de poster gribouillés et de documents déchirés, crayons à papier plantés dans le plafond, etc.
— Dis, Mulder, c’est pire qu’une chambre d’ado ton bureau.
— Bah,  c’est les affaires non-classées, non ?


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Moscou, 07 avril 1999
L’agence Tass rapporte la disparition de l’espion Mulder. S’étant introduit dans un temple pour remplacer un livre sacré par un ouvrage de Karl Marx, et ainsi transformer l’office orthodoxe en service athée, il aurait été enlevé par une soucoupe volante.


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Kansas, 06 avril 1998
Mulder se promène dans les grandes prairies du Kansas avec un parapluie et un trampoline. Il vient d’avoir une info des plus sensibles de son contact à l’ONU. Un regain d’activité extraterrestre est attendu pour la fin d’après-midi. Il regarde le ciel, un ciel noir, gonflé d’épais nuages menaçants. Il n’y distingue aucune lueur suspecte. Puis, à 16h38, le phénomène tant attendu se produit. Il se met à pleuvoir des vaches éventrées. Mulder se démène, tentant de réceptionner un des bovins sur son trampoline. Il court, il halète, il plonge, il fait le grand-écart, la pirouette, le salut au soleil. Peine perdue. L’averse de vache se termine sans qu’il ait pu interrompre la chute d’aucune d’elles. Et merde, se dit-il. Toutes crevées. Impossible d’en interroger une. La vérité, c’est pas encore pour cet épisode.


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Sonora, Mexique, 05 avril 1996
Monsieur et madame Chupacabra passent une soirée tranquille dans la Sierra del Moca del Alto Desierto. Le ciel est dégagé, les étoiles crépitent dans le néant de la nuit. Ils viennent de dîner d’un enfant bien dodu (c’est une bonne chose que le Mexique ait adopté les mœurs culinaires de ses voisins du nord, les enfants sont devenus gras comme des loukoums). Soudain, un buisson qui grinçouille. Qu’est-ce ? Encore un de ces paysans qui se sera égaré et qui mourra de peur en les apercevant ? Encore ces petit-gris qui ont une insistante tendance à confondre les plateaux désertés de la Sierra Sierra del Moca del Alto Desierto avec leur astroport de la Zone 51   ? Non, un homme à l’air déterminé et une fille aux belles bajoues, coiffée d’un brushing rouge comme la latérite, qui surgissent, mains tendues, semblant s’accrocher à des revolvers qui les tireraient vers l’avant.
— Agent Mulder, FBI.
— Agent, Scully. Pas mieux. Enfin, si, mais pas officiellement.
Monsieur et madame Chupacabra avalent d’un geste prompt et discret les restes de leur festin, détruisant les quelques bouts de preuve qu’il subsistait, et lèvent les bras. Putain, ils vont encore passer la nuit au poste. Font chier ces yankees à croire à toutes les légendes à la con qu’on raconte dans le coin.


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Washington, le 04 avril 2001
Scully a encore été enlevée par les extraterrestres. Alors ? lui demande Mulder. La routine lui répond Scully. Une table d’opération, la nausée, des formes éthérées qui s’agitent tout en mollesse, on m’a collé des sondes dans le pif, des implants dans les nichons, un GPS dans le trou de balle, un polichinelle dans le tiroir. Ça commence à devenir lassant. Si au moins je pouvais me faire enlever par les FARC, ça mettrait un peu de piment dans ma vie.


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Mer des Sargasses, 03 avril 1996
Mulder est dans un zodiac, au milieu du triangle des Bermudes. Soudain, un grand éclair dans le ciel, les rares nuages qui s’excitent, et le voilà transporté pendant vingt-quatre heures dix siècles dans le passé. Alors, lui demande Scully, c’était comment ? Époustouflant, répond Mulder, si tu voyais les poissons qu’il y avait dans la mer il y a dix siècles.


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Arizona, 02 avril 1994
Mulder le voit. Il est affalé dans le sable rouge du désert de l’Arizona, la cage thoracique se soulevant avec peine. Il va lui claquer entre les doigts, c’est certain. Ou on lui piquera avant qu’il arrive à Washington. Si au moins il avait une caméra… Rien. Fait chier. Il se retourne vers l’homme à la cigarette qui se tient derrière lui, impassible, ses yeux de cocker abattu surplombant un sourire de rides.
— File ta clope.
L’homme s’exécute sans poser de questions. Son impassibilité est un peu son image de marque, comme s’il se foutait de tout, comme si l’indifférence était inscrite dans ses gènes. Mulder colle la cibiche dans la bouche du petit-gris. Une dernière cigarette avant de mourir (il est comme ça Mulder, il sait toujours rester grand seigneur face à l’ennemi, alors il préfère lui offrir un dernier moment de dignité avant de le finir à coups de caillasse). Le petit-gris tire comme une locomotive sur la tige, sans plus respirer, et gonfle, gonfle, gonfle. Jusqu’à péter.
— Je le savais… Ces enfoirés sont rien que des crapauds modifiés génétiquement.
L’homme à la cigarette, d’un geste machinal, se rallume une clope, et sourit (d’une manière assez machinale aussi).
— À moins que les crapauds soient les descendants d’extraterrestres venus sur terre il y plusieurs centaines de milliers d’années. Ça doit être ça.
L’homme à la cigarette ne confirme ni n’infirme. Il fait chaud dans ce bled. Il a des bouts de petits-gris plein son costard. Ça va se mettre à puer d’ici peu.


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Toungouska, 01 avril 1995
Le froid est terrible. Mais Mulder, qui vient de débarquer de Washington après 1h30 de vol (et qui a réussi à trouver une grosse parqua en poil de mammouth à la boutique de Duty Free vu qu’il est parti en urgence et qu’il a rencart avec Skinner demain à 8h30 et que Skinner doit rien savoir de sa petite excursion) n’en a cure (il en a vu d’autres). Il vient de s’introduire dans un camp de détention et ce qu’il découvre lui glace les sangs (du coup, il a quand même froid). Il en reste muet, ce qui est une bonne chose : toute manifestation de sa surprise, de son ébahissement ou de son dégoût aurait alerté les gardes, molosses au profil taillé à la serpe cryptocommuniste ouralienne. Des hommes, des femmes, sont allongés à même des lits en forme de tables, nus. Leur corps rachitique est recouvert d’un grillage. Probablement pour empêcher les pigeons de venir leur pique-niquer les yeux. Y a-t-il des pigeons en Sibérie ? se demande Mulder. Mais il est interrompu dans ses réflexions. On déverse une substance noire, poisseuse, repoussante dans la bouche des prisonniers qui sont immédiatement secoués par des spasmes violents. Merde, se dit Mulder, la mâchoire ballante. Quelle putain d’horreur ! Les entités extraterrestres ont pris la forme du coca zéro.


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