Archives de Catégorie: 13 Louvre-Garou

Louvre-Garou

Jour 12

jour 12Encore du bordel dans la Salle Mollien. Sans hésitation, je me suis dirigé vers Le Radeau de la Méduse. Et, sans surprise, j’y ai découvert ledit radeau abandonné par ses marins d’infortune. J’ai soupiré. Ces couillons n’allaient me faire leur petit cinéma deux fois par semaine. Mais cette fois-ci la barque du Naufrage de Don Juan était bien là. Bien là… Mais vide. À quoi ils jouent ces cons ? je me suis murmuré, redoutant d’avoir à aller chercher tout ce beau monde au fond de la flotte. J’étais en train de me demander dans lequel des deux tableaux j’allais commencer à jouer au sous-marin, quand Zanna m’a tiré de mon cas de conscience. C’est quoi l’eau, là, par terre ? Encore une fuite provenant du labo de clonage ? J’ai dû l’admettre, même si ma fierté en prenait un sacré coup : ma collaboratrice venait de relever un indice qui m’avait échappé (et moi qui la croyais incapable de trouver une botte de foin cachée sous une aiguille…). Nous avons remonté la piste pour arriver devant Le Festin de Balthasar, de Nicola Bertuzzi, où il y avait foule (en plus de foule normalement présente).
— Qu’est-ce que vous foutez tous là ?
— Bah, on bouffe… Vous croyez pas qu’on jeûne depuis près de deux cents ans, pour le plaisir d’avoir même pas l’air maigre.
C’est vrai, je me suis dit. Ils sont bien en chair tous ces naufragés involontaires.
— En plus, la mer, ça creuse.
J’ai haussé les épaules puis je leur ai dit de finir fissa leur gueuleton et de réintégrer leurs œuvres d’art respectives. Ce qu’ils ont fait peu après.
Zanna a vu défiler une vingtaine d’homme crasseux, ivres, nus pour certains, chantant des chansons paillardes, sans comprendre ce qui se passait.
— C’est une équipe de rugby ?
— Oui… Oui… C’était la troisième mi-temps artistique.
Elle m’étonnera toujours.

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Jour 11

jour 11Je viens de montrer à Zanna Mouldy le Code de Hammurabi. Je ne sais pas trop pourquoi je m’acharne, la donzelle ne brillant ni par son sens de la déduction, ni par son intuitivité. Mais bon…
Vous voyez ce qu’il y a gravé là, lui ai-je demandé. Elle m’a répondu que oui, elle voyait, mais n’y comprenait rien. C’est normal, c’est de l’akkadien. Si vous aviez pris akkadien comme première langue au lycée plutôt que langues papoues, vous verriez qu’il s’agit là d’un code. Et pas n’importe lequel. C’est du C++. Et ça dit quoi, a-t-elle répondu, une moue peu inspirée sur son visage noyé sous le fond de teint. Ce sont les correctifs des bugs de Windows 8. Oh, a-t-elle glapi, ouvrant enfin deux yeux que je croyais cantonnés à jouer les jalousies. C’est hallucinant !  Oui, bien sûr que ça l’est : la stèle date du XIIe siècle avant J.-C. ! Ah bon, a-t-elle répondu, sans une once d’étonnement. Enfin, quand même, réussir à lister tous les correctifs nécessaires au bon fonctionnement de Windows 8, c’est… wouh… un sacré exploit ! Effectivement, je me suis dit, tout en regrettant qu’une fois de plus, la belle ne soit pas capable de saisir la portée paranormale de ma révélation. Bien que, d’une certaine façon, elle avait mis le doigt sur un élément qui m’avait, jusqu’alors, échappé. Puis, je lui révélais qu’il existait deux autres stèles, malheureusement égarées. Et que contenait-elle ? a-t-elle enchaîné. Les algorithmes secrets de Google ? La formule du Coca-cola ? Je n’ai pas répondu. Je crois qu’on n’est vraiment pas sur la même longueur d’onde…


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Jour 10

jour 10Ma partenaire a disparu. Nous patrouillions, cette nuit, dans l’aile Richelieu, deuxième étage. Je regardais d’un œil suspicieux Les Israélites recueillant la manne dans le désert, de Nicolas Poussin, trouvant que son désert ne ressemblait guère à un désert, et que tous ces gens n’étaient pas vraiment habillés de façon à résister aux fortes températures ni à la morsure du soleil (des touaregs auraient été plus crédibles), soupçonnant le lieu d’être en fait une planète lointaine et ces gens des hybrides fruits d’une expérience des petit-gris, quand, soudain, je m’aperçus que Zanna avait cessé ses marmonnements intempestifs. Silence. Plus un bruit. Plus de Zanna. Je cherchais dans les coins, sous les bancs, je l’appelai. Rien. Mystère. Une heure d’investigation plus tard, je retrouvais enfin ma collaboratrice. Par je ne sais quel miracle, cette idiote avait été incorporée dans le tableau L’Enlèvement des Sabines. Elle essayait bien de s’enfuir, mais un homme en tunique la ceinturait. Hum, me dis-je, je peux la laisser là, cela m’évitera de l’avoir en permanence collée aux basques. Mais je suis un homme bon. Et son tailleur pied-de-poule déparait trop dans cette ambiance toges et robes de couleurs. Il m’a donc fallu secouer le tableau. Ce n’est pas elle qui en est tombé, mais un homme corpulent, barbu, assez excité, que je maîtrisai rapidement d’un double Nelson.
— Bon, tu t’arranges pour que ma collaboratrice revienne dans le monde des trois dimensions ou je t’envoie finir tes jours peinturlurés avec les Philistins dans La Peste d’Asdod, juste là derrière nous.
— OK, m’sieur… Vous énervez pas.
— Je m’énerve pas, je m’exerce à la solidarité d’entreprise. Et puis, c’est quoi ce délire ? Pourquoi vous l’avez enlevée (pas que j’y tienne spécialement à la gonzesse, mais bon, elle fait partie de la maison, la mienne, pas la vôtre, donc…) ?
— Bah, on enlève les Sabines, c’est ce qu’on fait.
— Elle s’appelle Zanna, pas Sabine.
— Ah… On a dû se tromper. Puis, des Sabines, ces temps-ci, y en a plus beaucoup dans le musée.
— Les temps passent, les prénoms à la mode changent.
J’ai récupéré Zanna, qui m’a fait une scène : son brushing foutu en l’air, son tailleur qui pue la sueur et l’antiquité, son honneur presque bafoué… Etc.
J’aurais peut-être mieux fait de la laisser dans le tableau…


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Jour 9

jour 9J’ai montré la Victoire de Samothrace à Zanna Mouldy, histoire de lui faire comprendre l’ampleur du travail qui nous attend, l’indicible perversité de nos ennemis, la terrible puissance des forces obscures auxquelles nous nous mesurons. Elle n’a rien compris. Ce qui ne m’étonne guère. Elle a juste regardé la statue, constatant de sa voix ingénue qu’elle n’avait pas de tête. C’est au moins ça qu’elle a remarqué.
— Le vaisseau sur laquelle elle repose (enfin, le bout de vaisseau), vous ne trouvez pas qu’il ressemble à un vaisseau spatial ?
— En pierre ?
Mon Dieu, qu’elle est conne…
— Et ses bras ?
— Ce sont des ailes.
Ah, quand même.
— Et vous connaissez beaucoup de bonnes femmes sans tête avec des ailes debout sur un vaisseau spatial ?
— Non.
Je n’ai pas poussé plus loin. Son pragmatisme est à toute épreuve. C’est pas avec des crétines de son acabit qu’on repoussera l’invasion extraterrestre.


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Jour 8

jour 8On m’a collé une soi-disant équipière dans les pattes. Apparemment, mes découvertes agacent en haut lieu. Je ne suis pas loin de penser que le gouvernement est au fait des paranormalités et autres mystères du musée, et qu’il fait tout pour éviter que le grand public y soit sensibilisé. À moins qu’il ne soit de mèche avec les forces obscures. Elle se nomme Zanna Mouldy, petite grassouillette au regard bovin, et semble être férue de tailleurs pied-de-poule. Une absurdité quand on connait la rudesse des opérations sur le terrain. Mais qu’importe. Elle ne m’empêchera pas de révéler au monde la terrible vérité. Et ce n’est pas le scepticisme moral et suranné auquel elle semble carburer qui mettra des bâtons dans les roues de mon opiniâtreté.
D’ailleurs, à peine entrée en fonction que je l’ai confrontée à un fait plus qu’insolite. Vous connaissez Les Trois Grâces, de Rubens, lui ai-je demandé. Elle ne connaissait pas… Ça commençait en fanfare. Je lui ai dégotté une reproduction, elle a lâché un petit soufflement ridicule agrémenté d’un sourire benêt : « Ah ! Ça ?! Ah, oui, je connais bien. Je croyais que c’était de Picasso. ». No comment. J’ai continué, me demandant si elle était vraiment cruche ou qu’elle essayait d’endormir mes suspicions en jouant les idiotes, pour mieux m’espionner et, éventuellement, torpiller mes plans. Je lui ai fait faire un petit tour du propriétaire, lui montrant successivement Les Trois Grâces de Lucas Cranach dit l’Ancien, de François Boucher, de Giuseppe Maria Bonzanigo, de Jean-Baptiste Regnault, de Gérard Van Opstal, d’Étienne-Maurice Falconet, d’Antoine-Louis Barye et de Jean-Jacques Pradier. À la fin de la visite guidée, je lui ai demandé quelles conclusions elle pouvait en tirer. « Bah, ça fait beaucoup plus que trois grâces en tout… ». J’allais définitivement laisser tomber l’affaire et lui chercher un placard bien confort à côté de la loge du gardien, quand elle a ajouté : « Comment elles font pour être si nombreuses ? Elles se reproduisent ? ». Ouf ! me suis-je susurré tout bas dans ma tête. Peut-être un espoir… Voyez-vous, lui ai-je répondu, je suis persuadé qu’il y a, caché quelque part dans le musée, un laboratoire de clonage. Un projet ultrasecret, avec tout ce que cela sous-entend (avec pour acmé, la destruction de l’humanité, bien évidemment). Ces reproductions des trois grâces sont les preuves que l’étanchéité du laboratoire n’est plus assurée. Remontons à la source de ces fuites, et nous découvrirons le labo. Elle a acquiescé d’un vif mouvement de tête (un peu trop, j’aurais dû me méfier). « Vous voulez que j’appelle les plombiers pour les fuites ? ».
Je crois que je vais l’étrangler…


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Jour 7

jour 7 1jour 7 2Salle Mollien, tard dans la nuit. Je faisais une ronde, par principe. Ou peut-être qu’un pressentiment avait guidé mes pas. Tout semblait parfaitement en ordre, jusqu’à ce que je remarque des flaques d’eau sur le parquet, qui semblaient provenir du Radeau de la Méduse. Je remontai la piste et, face à l’immense tableau, je découvris le pot aux roses. Le radeau avait été abandonné. Plus un seul marin naufragé. Vide total. Je me grattai le crâne, fronçai les sourcils. Un vol de tableau partiel ? Un coup des extraterrestres qui, non content d’enlever les vaches texanes et les américains obèses s’en prenaient maintenant aux personnages des peintures romantiques françaises ? C’était une explication des plus plausibles, connaissant leurs manières tordues. Un bruit dans un des coins de la salle, je me retournai et découvris un homme, nu, roulé en boule. Après m’être approché et l’avoir rassuré de ma non-appartenance à une race extraterrestre ou à un organisme étatique ayant signé un pacte avec les vandales de l’espace, il me révéla qu’il s’était perdu, que dans l’obscurité (pourtant pas si obscure), il ne parvenait plus à trouver la toile du Naufrage de Don Juan. Je le rassurai : elle est là, juste… Non, elle n’était plus là. Enfin si… Mais pas vraiment. Le tableau représentait une mer sombre, agitée. Mais plus de barque, plus de marins. Il me fallut une bonne heure pour tirer au clair cette affaire insolite. Les marins du radeau avaient traversé le hall pour se réfugier dans la barque. C’est, me dit l’homme, qu’elle est bien plus confortable que son vieux radeau de bois vermoulu, et que la tempête y est de moindre ampleur. Et l’on a des vêtements, de ce côté de la galerie. Le problème, c’est qu’à s’entasser ainsi, le bateau avait coulé. Il me fallut encore une heure pour le convaincre d’aller chercher ses collègues au fond de l’océan et de les ramener dans leur tableau d’origine. Ce qu’il fit, non sans rechigner, mais c’est ainsi : on ne discute pas avec l’art. Et je fus bien obligé de me rendre à l’évidence : pour une fois, les extraterrestres n’y étaient pour rien.


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Jour 6

jour 6Mes observations minutieuses du scribe accroupi confirment mes présomptions. Personne n’aura manqué de remarquer son regard halluciné, qui ne fixe en aucun cas le papyrus. Devais-je croire que l’homme pouvait écrire sans regarder sa feuille, telle une dactylo des temps modernes ? C’était une explication facile. Sa fixité surnaturelle était la seconde piste qui aurait dû mettre la puce à l’oreille des autres agents, s’ils avaient fait l’effort de s’intéresser à ce cas bien insolite (ce qu’ils n’ont jamais fait – cela n’étonnera personne). En me penchant sur le dit papyrus (une manœuvre fort complexe, tout ayant été mis en œuvre pour qu’il ne soit pas lisible par le public), j’ai enfin eu confirmation de la véritable vérité. On y voit, répétés avec une régularité surnaturelle, deux simples hiéroglyphes. Un message si clair qu’on pourra s’étonner qu’aucun égyptologue ne l’ait jamais interprété justement. Admettons qu’ils n’avaient pas ma largesse d’esprit, ou qu’ils aient été, eux-aussi, de mèche avec les forces obscures. Car une fois la traduction effectuée, on peut y lire ce simple mot, suivi de trois points d’exclamation : cervelle. Le tout répété en d’autant d’occurrences que la page peut en contenir. C’est donc sans aucune réserve que je peux l’affirmer : le scribe accroupi était un zombi. Je frissonne à l’idée du sort qui attendit le pauvre artiste qui réalisa cette œuvre : le regard affamé du scribe est déjà un indice insoutenable.


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Jour 5

jour 5J’ai fait une découverte qui ne fait que conforter ma théorie selon laquelle le musée est utilisé comme base avancée d’une race extraterrestre, probablement les Coldasiens de Polaris ou les Zeta Reticuliens d’Orion. J’examinais Le ravissement de saint Paul, de Zampieri, trouvant au dit saint Paul un regard pas si ravi que ça, et aux trois anges des airs franchement vicelards. Il y avait anguille sous roche. Que regardait saint Paul, là-haut, dans les cieux ? Et ses bras dressés ? Pour se protéger de quoi ? De qui ? J’ai donc, avec bien des précautions, retiré la partie supérieure du cadre. Et la vérité m’a heurté de plein fouet avec véhémence dans mes yeux éberlués. Le haut du cadre cachait un engin extraterrestre (type vaisseau-mère à double soucoupe et propulsion quantique – donc, Zeta Reticulien sans aucun doute). J’ai eu mal pour saint Paul. Je sais ce dont ces barbares sont capables. Mais j’aurais trouvé la rage plus à propos que l’expression de résignation qu’il affichait. Enfin, tout le monde n’a pas la résistance psychique d’un agent des affaires artistico-ésotériques.
J’ai pris quelques clichés, puis j’ai dessiné, par-dessus le vaisseau-mère, l’USS Enterprise. Je sais bien que cela n’empêchera pas cette race de fils de putes d’extraterrestres de venir coller des sondes anales dans le trou du cul des bons citoyens de la planète Terre, mais le symbole est fort : nous savons qu’ils sont là, et la résistance s’organise ! Enfin, moi je le sais. Et je suis du genre résistant.


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Jour 4

jour 4Chapelle du mastaba d’Akhethétep. Ce matin, j’y ai découvert un cadavre dans un triste état, dévoré en partie, la gorge arrachée, les viscères à l’air. De nombreux lambeaux d’une chair blanche et filandreuse manquaient. J’ai tout de suite reconnu la victime. Il s’agissait d’un des illuminés qui restent en stase devant les tentacules manquants de la Vénus de Milo. J’ai cherché le coupable, que j’ai retrouvé sans grand mal (j’ai une certaine expérience des tueurs en série et des motifs qui les poussent au crime – ce qui fut d’une grande aide). J’ai retrouvé Gonflette, repus, le ventre ballonné, qui somnolait dans un coin du mastaba. Je crois que ce chat n’en est pas vraiment un (j’hésite entre goule, vampire, ogre, démon…). Ou est-ce l’odeur de poisson qui émane des illuminés qui l’aura attiré, le trompant sur la nature du festin promis ? Je n’y crois guère.
Je vais dorénavant garder un œil attentif sur cette créature, dont le diabolisme ne tardera pas à percer au grand jour. Sauf si c’est un vampire.


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Jour 3

jour 3 1jour 3 2Cette nuit, j’ai attrapé mon premier vampire. Alerté par des bruits de succion provenant du département des arts graphiques, section XVIe siècle, je suis entré à pas feutrés. Il était là, immobile, les deux crocs plantés dans l’Etude pour la création d’Adam de la chapelle Sixtine, de Michel-Ange. Je ne savais pas que ces viles créatures pouvaient se nourrir d’art. On en découvre chaque jour… À peine avais-je tendu la main vers mon pieu de sécurité que le vampire s’est métamorphosé, fuyant à coups d’ailes sombres et membraneuses vers sa cache, ou une autre salle plus tranquille. Mais on ne me la fait pas. Je suis un expert. Une heure plus tard, je le retrouvais les crocs plantés dans le Guerrier antique et son serviteur de Toussaint Dubreuil. Et cette fois-ci, je fus plus rapide que lui. Je sais maintenant que les vampires ont un faible pour les sanguines. Il va falloir que je vérifie qu’il n’y a pas des démons qui traînent à la section dessins.


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Jour 2

jour 2J’ai repéré d’étranges individus qui s’amassent régulièrement Salle Sully. Des hommes grands, maigres, aux membres étiques, au visage poissonneux (gros yeux protubérants, lèvres charnues qui bavent des bulles de salive, joues écailleuses) et aux doigts quasiment palmés. Et ils puent la marée. Ils restent des heures entières devant la Vénus de Milo, répétant d’un ton guttural, et d’une façon incantatoire, un mot étrange, qui ressemble peu ou prou à : Kotoulou. Peu avant la fermeture, j’ai réussi à en isoler un, et l’ai dûment interrogé. Au début, il refusait de collaborer, mais j’ai découvert qu’il avait une peur intense de Gonflette, le gros chat du gardien du musée. Ce qui m’a permis d’obtenir quelques renseignements. Il apparait que tous ces individus font partie d’une secte qui vénère une sorte de vieux dieu glougloutant, et dont la Vénus de Milo serait une des effigies. J’aurais sans doute rangé cette assertion dans le tiroir des fabulations mystiques s’il ne m’avait pas montré une vielle gravure représentant la statue avant qu’elle n’ait été privée de ses deux bras. Bras ?… Non. On y voit clairement deux appendices qui se ramifient en une multitude de longs tentacules des plus effrayants. On comprend mieux, au vu de la complexité de l’œuvre originale, que cette partie, fragile, n’ait pas survécu au temps. Le sujet m’a aussi juré que Kotoulou était sur le point de se réveiller, et qu’il punirait de mort atroce et de souffrance éternelle tous ceux qui ne lui ont pas rendu hommage. J’ai aussitôt fait inculper le sujet pour outrage, actes d’intimidation, menace de mort atroce et de souffrance éternelle à l’égard d’un agent spécial, et je l’ai fait déférer à la prison haute sécurité de Pouilly-les-Bains.
Pour l’instant, je ne sais pas trop quoi en déduire (mais ça va se décanter, c’est certain).


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Agent Wolf Duclotillon. Officine Nationale d’Investigation et d’Enquêtage.

Jour 1

jour 1

Les collègues sont persuadés qu’on m’a collé dans un placard à cause de mes idées fantaisistes. Sur la triangulation divine. Ou la pyramidalité de l’ordonnancement stellaire. Ou la parallélitude des mondes antérieurs. Ou l’existence de la résilience fantomatique… Ou… Je vous épargne la liste exhaustive.
La vérité, c’est que, un, le Louvre n’est pas un placard, et que, deux, j’ai manœuvré, avec beaucoup de subtilité, de diplomatie et d’intelligence pour y être muté. Je suis donc le premier agent affecté aux affaires artistico-ésotériques. Et ma mission commence bien. Déjà une découverte, même si je ne sais encore pas trop quoi en déduire (mais ça va se décanter, c’est certain) : les nuits de pleine lune, la Joconde se transforme en femme à barbe.


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