Archives de Catégorie: 03 Poésie médiévale japonaise & Cie

Magie de Noël

Poème de Saïgyô : 12ème siècle
135
小芹つむ沢のこほりのひまたえて春めきそむる桜井の里

La couche de glace
De l’étang où l’on cueille les jeunes pousses de cresson
Commence à se fendre.
Il y a comme un air de début de printemps
Parmi les cerisiers du village de Sakurai

Poème de Fujiwara no Yoshitsune 12ème siècle
91
まくらにも袖にの涙のつららゐてむすばぬ夢を問ふ嵐哉
Sur mon oreiller
Et sur ma manche
Mes larmes ont fini par geler
Au cœur de la nuit il n’y a que l’orage qui me rende visite
Et m’empêche de me plonger dans le monde des rêves


Poésie médiévale japonaise & Cie

Construisons-nous un abri de glycines
Et parcourons la baie
Sur notre bateau
Les gens qui ne savent qui nous sommes
Nous prendront-ils pour des pêcheurs ?

藤波を仮庵に造り浦廻する人とは知らに海人とか見らむ
久米朝臣継麿

Man.yôshû – Livre 19 – poème 4202 – Kume no Asomi Tsugimaro (poème 4 sur 4)


Poésie médiévale japonaise & Cie

Nous vînmes sans
Nous attendre à rien
Mais en voyant les glycines
Qui fleurissent en baie de Tako
Alors ici, il nous faut passer la nuit !

いささかに思ひて来しを多胡の浦に咲ける藤みて一夜経ぬべし
判官久米朝臣広縄

Man.yôshû – Livre 19 – poème 4201 – Le prévôt Kume no Asomi Hironawa (poème 3 sur 4)


Poésie médiévale japonaise & Cie

Même les fonds de la baie de Tako embaument :
Ces vagues de glycine
J’en parerai ma coiffure
Pour montrer à ceux
Qui ne les ont vus

多胡の浦の底さへにほふ藤波を挿頭して行む見ぬ人のため
次官内蔵忌寸縄麿

Man.yôshû – Livre 19 – poème 4200 – Le Lieutenant-Gouverneur Kura no Imiki Nawamaro (Poème 2 sur 4)


Poésie médiévale japonaise & Cie

Quatre poèmes composés à l’occasion d’une sortie en barque dans la Baie de Tako, où nous nous étions rendus afin d’admirer les glycines en fleurs .(4199 à 4202) Poème 1 sur 4 :

Le fond de la mer où se reflète
Les vagues de glycines
Est limpide,
Et les pierres qui y sont déposées
Sont pour moi comme autant de perles rares

十二日に、布勢の水海に遊覧し、多胡の湾の船泊てして藤の花を望み見、各々懐を述べて作れる歌四首

藤波の影なす海の底清み沈く石をも珠とそわが見る
守大伴宿禰家持

Man.yôshû – Livre 19 – poème 4199 – Le Gouverneur de Province Otomo no Yakamochi


Poésie médiévale japonaise & Cie

Les regards étaient trop nombreux
Lorsque tu es parti en voyage
[Oreiller d’herbes]
Et ô combien je regrette
De n’avoir pu agiter ma manche

草枕旅ゆく君を人目多み袖振らずしてあまた悔しも

Man.yôshû – Livre 12 – poème 3184
Dans la section : poèmes qui chantent les peines de la séparation


Poésie médiévale japonaise & Cie

Viens me rendre visite
En te faufilant
Entre mes beaux rideaux
Si ma mère [aux seins qui tombent]
Me pose des questions
Je lui dirai que c’est le vent

玉垂れの小簾の隙に通ひ入り来ねたらちねの母が問わさば 風と申さむ

Man.yôshû – Livre 11 – poème 2364 – auteur inconnue


Poésie médiévale japonaise & Cie

Quand tu partiras à l’aube
Je me lèverai tôt aussi
Pour te suivre
Et le brouillard
Qui trempe tes chausses
Qu’il mouille aussi le bas de ma robe
朝戸出の君が足結ひを濡らす霧早く起き出でつつわれも裳裾濡らさな

 

Man.yôshû – Livre 11 – poème 2357 – auteur inconnue


Poésie médiévale japonaise & Cie

Dans la baie de Fujie
Blanche étoffe
Nous prendra-t-on
Pour des pêcheurs à l’ouvrage ?
Nous qui sommes des voyageurs

白栲の藤江の浦に漁する海人とや見らむ旅行くわれを

(variante)

柿本朝臣人麿の歌に曰く、           Dans un poème de Kakinomoto no Hitomaro, il est dit :
荒栲の          « Étoffe rude »
又曰く、           Et il est dit aussi :
鱸釣る海人とか見らむ           « Nous prendra-t-on pour des pêcheurs qui pêchent le bar ? »

Man.yôshû – Livre 15 – poème 3607


Poésie médiévale japonaise & Cie

Comme les vagues du large
De la mer de Nago
Qui déferlent sans cesse
Je ne cesserai de me languir de vous
Lorsque viendra la séparation

奈呉の海の沖つ白波しくしくに思ほえむかも立ち別れなば

Man.yôshû – Livre 17 – poème 3989 – auteur inconnu


Poésie médiévale japonaise & Cie

Quand la lune se couche
Par delà la crête des monts
Les flammes des torches des gens de mer
Qui pêchent
Scintillent sur les flots

やま,山のは,端につき,月かたぶけばいざり,漁するあま,海人のともしび,燈火おき,沖になづさふ

Man.yôshû – Livre 15 – poème 3623 – auteur inconnu


Poésie médiévale japonaise & Cie

Le voyageur a disparu au loin dans les montagnes et les nuages qui se lèvent ensevelissent les traces de ses pas.
Le vent qui souffle dans les pins se fait de plus en plus froid, et chaque soir il surprend le voyageur au milieu de ses rêves.

山遠くしては雲行客の跡を埋む
松寒くしては風旅人の夢を破る
和漢朗詠集 雲 紀の斉名

Wakanrôeï-Shu – Recueil de poèmes chinois et japonais à chanter– Nuages – Ki no Tadana – 11ème siècle


Poésie médiévale japonaise & Cie

Dans un instant
Elles s’évanouiront
Comment pourrais-je compter sur elles ?
Perles de rosée blanche
Sur les branches du pin proche de l’auvent

をのづからしばしも消えぬ頼みかは軒端の松にかかる白露
中務内侍日記 上

Nakatsukasano Naishi Nikki – Journal de Dame Nakatsukasa
– fin du 13ème siècle


Poésie médiévale japonaise & Cie

Plus personne n’habite
Le poste de la Barrière de Fuwa
Depuis que le vieil auvent
Est tombé en morceaux
Seul y souffle le vent d’automne

人住まぬ不破の関屋の板びさし荒れにしのちはただ秋の風
藤原良経
Shin Kokin.shû – Divers 1599 – Fujiwara no Yoshitsune 13ème siècle


Poésie médiévale japonaise & Cie

Tournant le dos au monde
J’ai commencé à vivre
Dans cette hutte de branchages
Et revêtu la robe noire
Ma foi pourrait-elle faiblir ?
Ma robe pourrait-elle ternir ?

世を背き草の庵にすみぞめの衣の色はかへるものかは
覚俊上人
Senzai waka Shû – Divers 1147 – Kakushun Uehito

* ce poème comporte deux expressions avec un double sens en japonais :
Sumizomé : commencer à habiter / porter la robe noire de moine
Kaeru : changer, faiblir (pour la foi) / déteindre


Poésie médiévale japonaise & Cie

Poème composé et envoyé à une personne qui ne m’avait pas demandé de mes nouvelles depuis longtemps, alors que je m’étais retiré de longs mois pour cause de maladie.
長月のつごもりがたに患ふことありて頼もげなく覚えければ、久しく問はぬ人につかはしける

Fin d’automne :
Dans la plaine desséchée
Le chant du grillon s’est éteint
Demandez-lui au moins
S’il va bien ou non

秋はつる枯れ野の虫の音絶えばありやなしやを人の問えかし
藤原基俊
Senzai waka Shû – Divers 1093 – Fujiwara no Mototoshi


Poésie médiévale japonaise & Cie

J’aimerais qu’un ami
Se fraie un passage,
Jusque dans mon jardin,
Au travers du feuillage figé par le givre,
Et me demande : « Admires-tu la lune ? »
霜さゆる庭の木の葉を踏みわけて月は見るやと問ふ人もがな
円位法師
Senzai waka Shû – Divers 1009 – En.I plus connu sous le nom de Saïgyô


Poésie médiévale japonaise & Cie

Que nous reste-t-il à faire ?
Inconsolable
En ce triste monde
Je cherchais du réconfort auprès de la lune,
Mais elle-même verse des larmes

いかにせむさらで憂き世はなぐさまず頼みし月も涙おちけり
藤原定家
Senzai waka Shû – Divers 1004 – Fujiwara no Teïka


Poésie médiévale japonaise & Cie

Consumé d’amour
Au plus profond de mon sommeil
Tel un esprit
Je vais voir celle que j’aime
En me frayant un chemin parmi les vagues

思ひあまりうち寝る宵のまぼろしも波路を分けて行きかよひけり
鴨長明
Senzai waka Shû – Amour 936 – Kamo no Chômei

(NdT : allusion au Chant des Regrets Éternels de Bai Ju.Yi, poète chinois de la dynastie Tang, où l’Empereur GuanZhong part à la recherche de Yang Kweï Feï dans le monde de l’au-delà.)


Poésie médiévale japonaise & Cie

Aurais-je imaginé (un jour)
Que j’en serais venue à attendre
Le chant du coq à l’aube
(Alors qu’il fut un temps) où je l’appréhendais
Au cœur de la nuit

思ひきや憂かりし夜はの鳥の音を待つことにして明かすべしとは
俊恵法師
Senzai waka Shû – Amour 894 – Shun.é


Poésie médiévale japonaise & Cie

Ile d’Ise !
Dans la baie d’Ichishi
Même les pêcheuses
N’ont pas les manches aussi trempées
Que moi, qui pourtant ne plonge

伊勢島や一志の浦の海人だにもかづかぬ袖は濡るるものかは
道因法師
Senzai waka Shû – Amour 893 – Dô.in


Poésie médiévale japonaise & Cie

Peu m’importe
Que les gens me demandent
(Pourquoi) mes manches sont teintées de larmes de sang
Si seulement vous croyez
À la profondeur de mes sentiments

袖の色は人の問ふまでなりもせよ深き思ひを君し頼まば
式子内親王
Senzai waka Shû – Amour 745 – Shokushi Naïshin.ô


Poésie médiévale japonaise & Cie

Il m’avait dit
Qu’il s’absenterait une seule nuit
À la longue
Sur ma natte, hélas !
La poussière s’est accumulée

ひと夜とて夜がれしことのさむしろにやがても塵のつもりぬるかな
讃岐
Senzai waka Shû – Amour 880 – Sanuki


Poésie médiévale japonaise & Cie

Il n’y a aucune digue
Qui puisse arrêter
Le flot impétueux de la rivière
De mes larmes
Si ce n’est vous rencontrer

堰きかぬる涙の川の早き瀬は逢ふよりほかのしがらにぞなき
源頼政
Senzai waka Shû – Amour 723 – Minamoto no Yorimasa


Poésie médiévale japonaise & Cie

Les manches des pêcheuses
Qui récoltent de précieuses algues
Dans la baie de Noshima
Sont-elles seulement aussi mouillées
Que les miennes ?

玉藻刈る野島の浦の海人だにもいとかく袖は濡るるものかは
源雅光
Senzai waka Shû – Amour 713 – Minamoto no Masamitsu


Poésie médiévale japonaise & Cie

Sur les manches de ce vêtement couleur chêne
Que je n’ai pas prêté cette année (à la Tisserande)
Combien la rosée se dépose abondante,
En ce jour de Tanabata,
七夕にことしはかさぬ椎柴の袖しもことに露けかりけり
藤原実家
Senzai waka Shû – Désolation 586 – Fujiwara no Saneïe

返し Envoi

Qu’il est triste
De voir tant de rosée
Sur la manche couleur de chêne,
De ce vêtement que vous ne n’avez pas prêté
En ce jour de Tanabata
椎柴の露けき袖は七夕もかさぬにつけてあはれとや見ん
三位左大臣母
Senzai waka Shû – Désolation 587 – San-I Sadaïjin no Haha

(NdT : Les vêtements de deuil étaient teintés couleur chêne. La rosée évoque les larmes. Tanabata : fête d’inspiration chinoise. Voir la légende du Bouvier et de la Tisserande : http://fr.wikipedia.org/wiki/Q%C4%ABx%C4%AB)


Poésie médiévale japonaise & Cie

En un instant
Celui avec qui j’admirais les cerisiers en fleurs
A disparu, [et les fleurs se sont dispersées]
Sache que moi aussi
J’attends la brise qui m’emportera

花と見し人はほどなく散りにけり我が身も風を待つと知らなん
大江匡房
Senzai waka Shû – Désolation 570 – Oe no Masafusa


Poésie médiévale japonaise & Cie

Si je savais où
L’a conduite sa route entre les nuages
Je rendrai visite
À l’oie sauvage
Qui s’est séparée de sa troupe

いづかたの雲路と知らば尋ねましつらはなれけん雁のゆくへを
紫式部
Senzai waka Shû – Désolation 564 – Murasaki Shikibu


Poésie médiévale japonaise & Cie

Ayant longé la côte,
Je dors sous un abri de chaume
Près des rochers, une rame pour oreiller
Les vagues rugissent
Comme je ne les avais jamais entendues

浦つたふ磯の苫屋の梶枕聞きもならはぬ波の音かな
藤原俊成
Senzai waka Shû – Voyage 515 – Fujiwara no Shunzeï


Poésie médiévale japonaise & Cie

Le paysage que j’apercevais
Entre les vagues
A changé d’aspect
C’est qu’il a neigé
Sur l’île de Matsuga.ura

波間より見えしけしきぞかはりぬる雪降りにけり松が浦島
顕昭法師
Senzai waka Shû – Hiver 460 – Kenshô


Poésie médiévale japonaise & Cie

La neige (qui tombe)
A recouvert le pont suspendu de la vallée
C’est l’extrémité des branches
Qui indiquent le chemin
Dans la montagne en hiver

降る雪に谷のかけはしうづもれてこずゑぞ冬の山路なりける
源俊頼朝臣
Senzai waka Shû – Hiver 454 – Minamoto no Toshiyori


Poésie médiévale japonaise & Cie

Dans la colline proche
Même les feuilles basses des arbres sont tombées,
Et au loin, sur le sommet du pic,
Il neige

外山には柴のした葉も散りはててをちの高嶺に雪降りにけり
藤原顕綱朝臣
Senzai waka Shû – Hiver 453-Fujiwara no Akitsuna


Poésie médiévale japonaise & Cie

Tout cela est d’une tristesse indéfinissable :
Crépuscule d’automne
Au hameau de Fushimi
À Sugawara

何となくものぞかなしき菅原や伏見の里の秋の夕暮れ
源俊頼朝臣
Senzai waka Shû – Automne 260 – Minamoto no Toshiyori


Poésie médiévale japonaise & Cie

Dans le soir qui tombe
Le vent d’automne sur la plaine
Pénètre mon corps
Et voila que crie la caille,
Hameau de Fukakusa

夕されば野べの秋風身にしみて鶉鳴くなり深草の里
藤原俊成
Senzai waka Shû – Automne 259- Fujiwara no Shunzeï


Poésie médiévale japonaise & Cie

Serait-ce
Le vent d’automne
Qui cause mes pleurs ?
Depuis qu’il m’a rendu visite
Mes manches ne sèchent plus.*

秋風や涙もよほすつまならん音づれしより袖のかわかぬ
藤原基俊朝臣
Senzai waka Shû – Automne 234 – Fujiwara no Mototoshi

(*Les manches sont trempées de larmes, car l’amant tant attendu ne revient plus.)


Poésie médiévale japonaise & Cie

Plongée dans mes pensées,
Rien ne peut me consoler,
Ciel au crépuscule
En cette de fin de printemps

ながむれば思ひやるべきかたぞなき春のかぎりの夕暮の空
式子内親王
Senzai waka Shû – Printemps 124 – Shokushi Naïshin.ô


Poésie médiévale japonaise & Cie

Quand en ce jour
J’admire les cerisiers en fleurs à Yoshino
On dirait que le vent s’abat
Sur les sommets enneigés
Des monts de Koshi

み吉野の花のさかりをけふ見れば越の白根に風ぞ吹く
藤原俊成
Senzai waka Shû – Printemps 76 -Fujiwara no Shunzeï


Poésie médiévale japonaise & Cie

De Shiga, l’ancienne capitale,
Où clapotent les vagues
Il ne reste plus que ruines
Mais les cerisiers du mont Nagara,
Ont eux conservé leur splendeur d’antan

さざ浪や志賀の都は荒れにしをむかしながら山ざくらかな
読み人しらず
Senzai waka Shû – Printemps 66- Auteur inconnu


Poésie médiévale japonaise & Cie

Rivière Yoshino
Tes flots ne débordent pas et pourtant
Les vagues blanches de fleurs
Ne franchissent-elles pas la crête des monts Aone ?

吉野河みかさはさしもまさらじを青根を越すや花の白浪
顕昭法師
Senzai waka Shû – Printemps 65- Kenshô


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